Koné : ce que la Côte d’Ivoire peut gagner avec sa prochaine grande mine d’or

La rédaction

octobre 5, 2026

La mine d’or Koné, portée par le groupe canadien Montage Gold, a réalisé sa première coulée fin septembre 2026, en avance sur son calendrier initial. Au-delà de l’événement industriel, c’est un nouveau contributeur aux recettes de l’État ivoirien qui entre en jeu à un moment où le prix de l’once d’or dépasse les 4 000 dollars et où Abidjan vient de rehausser sa fiscalité minière.

Une entrée en production plus ambitieuse que prévu

Le 28 septembre 2026, la mine de Koné produisait ses premières 1 140 onces d’or, quelques mois avant le terme initialement fixé pour la construction lancée fin 2024. Le 30 septembre, le directeur général de Montage Gold, Martino De Ciccio, prenait la parole au Mining Forum Americas pour élargir la perspective : « la production pourrait atteindre 350 000 à 400 000 onces d’or par an pendant les dix premières années », a-t-il déclaré selon l’Agence Ecofin, contre 301 000 onces prévues dans l’étude de faisabilité actualisée de 2024.

Cet écart entre 16 % et 33 % de production supplémentaire selon les scénarios n’est pas anodin pour les finances publiques ivoiriennes. Toutes les projections fiscales inscrites dans l’étude de faisabilité ont été calculées sur la base de 301 000 onces annuelles. Si les volumes effectivement extraits se rapprochent du haut de la fourchette désormais annoncée, les recettes de l’État progresseront mécaniquement dans les mêmes proportions.

La montée en puissance industrielle reste progressive : Montage Gold vise une exploitation à pleine capacité sur l’ensemble de l’exercice 2027, avec d’abord la déclaration de production commerciale, puis les premières exportations formelles d’or.

Ce que la fiscalité minière ivoirienne prévoit pour Koné

Trois mécanismes principaux structurent les retombées attendues pour l’État ivoirien.

La redevance ad valorem, variable selon le cours de l’or

Le premier mécanisme et le plus sensible au contexte de marché actuel est la taxe ad valorem sur les ventes d’or. L’annexe fiscale 2025 de la Côte d’Ivoire, entrée en vigueur le 10 janvier 2025, a relevé cette taxe de deux points. Le taux atteint désormais 8 % lorsque le prix de vente de l’once dépasse 2 000 dollars, contre 4 % seulement retenu dans l’étude de faisabilité initiale de la mine Koné.

Cette modification est loin d’être anodine : l’once d’or se négociait autour de 4 140 à 4 300 dollars fin septembre 2026. À ce niveau, le taux de 8 % s’applique mécaniquement à l’intégralité des ventes de Koné. L’écart entre l’hypothèse de 4 % retenue lors de la planification du projet et le taux effectivement applicable double théoriquement la redevance perçue par l’État sur chaque once exportée.

L’étude de faisabilité de 2024 estimait les redevances gouvernementales cumulées à environ 330 millions de dollars sur les 16 années de vie de la mine un chiffre calculé avec un taux de 4 %. Le doublement du taux, combiné à des volumes supérieurs aux prévisions, permet d’anticiper un dépassement significatif de cette enveloppe, sans qu’une révision officielle des projections ait été publiée à ce stade.

La participation au capital et les dividendes futurs

L’État ivoirien détient 10 % du capital de la société d’exploitation de Koné, Montage Gold en conservant 90 %. Ce schéma est classique dans la région : le Ghana applique un mécanisme équivalent de free-carried interest à 10 % pour les nouveaux baux miniers, selon les données disponibles sur la participation étatique dans les sociétés minières en Afrique.

Cette participation confère à l’État ivoirien un droit aux dividendes futurs proportionnel à sa quote-part. En pratique, ces flux ne seront perceptibles qu’une fois que Montage Gold aura remboursé ses engagements de financement. La construction de Koné a été financée par un montage complexe : 825 millions de dollars de financements structurés, combinant un gold stream de 625 millions de dollars avec Wheaton Precious Metals, un stream subordonné de 75 millions de dollars avec Zijin Mining, des facilités de prêt sécurisées avec ces mêmes partenaires, et un financement d’équipement de 75 millions de dollars auprès de CAT Financial. Ces instruments impliquent des livraisons d’or à prix réduit sur plusieurs années, ce qui réduit le chiffre d’affaires net distribué avant remboursement. Les dividendes pour l’État ivoirien ne deviendront donc substantiels qu’à l’issue de cette phase d’amortissement.

Le Fonds de développement local minier

La législation ivoirienne impose aux opérateurs miniers une contribution annuelle de 0,5 % de leur chiffre d’affaires au Fonds de développement local minier (FDLM). Sur la durée de vie de Koné, cette contribution est estimée à environ 33 millions de dollars. Ce mécanisme redistribue les ressources collectées aux communes et conseils régionaux des zones minières : selon les données du rapport ITIE Côte d’Ivoire 2022, entre 2017 et le premier semestre 2022, plus de 121 milliards de francs CFA avaient été effectivement transférés aux collectivités territoriales au titre de ce fonds, bénéficiant à 351 communes et 13 conseils régionaux.

Koné dans le contexte minier ivoirien

La Côte d’Ivoire a produit environ 59 tonnes d’or en 2025 selon les données sectorielles disponibles, avec une ambition officielle d’atteindre 100 tonnes d’ici 2030 et de devenir le premier producteur africain d’ici 2035. Koné, avec ses 350 000 à 400 000 onces annuelles potentielles soit environ 11 à 12,5 tonnes supplémentaires représente un apport décisif à cet objectif.

Pour donner une mesure de l’enjeu fiscal, la mine d’Ity d’Endeavour Mining, l’un des opérateurs historiques du pays, a versé environ 78 millions de dollars à l’État ivoirien en 2024, contre 62 millions en 2023 selon l’Agence Ecofin. Koné, avec des volumes comparables et un prix de l’or nettement plus élevé, pourrait se positionner dans une fourchette analogue, voire supérieure, une fois en régime de croisière.

Les incertitudes qui pèsent sur les projections

Deux variables restent ouvertes.

La première est la durabilité du cours de l’or. Le taux de redevance à 8 % n’est actif que lorsque l’once dépasse 2 000 dollars. Au niveau actuel de 4 000 à 4 300 dollars, cette condition est largement remplie mais une correction durable sous ce seuil ramènerait mécaniquement le taux à un niveau inférieur.

La seconde est le chantier de révision du Code minier ivoirien. Un nouveau code est en cours de finalisation : le texte a fait l’objet d’un atelier de révision en 2025, et sa soumission au gouvernement était attendue pour fin 2025, avec une adoption prévue en 2026. Les contours fiscaux exacts de ce futur code ne sont pas encore publics, mais les travaux intègrent des réflexions sur l’équité dans la répartition de la richesse minière et le contenu local. Une modification substantielle des taux ou des règles d’assiette affecterait les opérateurs et potentiellement les conventions en vigueur, selon la rédaction retenue.

Par ailleurs, la phase de montée en puissance industrielle comporte ses propres aléas techniques. Montage Gold a prévu que la production commerciale et les premières exportations constituent les prochaines étapes clés du projet. La première coulée de 1 140 onces réalisée fin septembre confirme la viabilité opérationnelle, mais l’atteinte du plateau de 350 000 à 400 000 onces annuelles suppose un fonctionnement sans accroc du circuit hard-rock, dont les travaux n’étaient pas encore achevés à l’entrée en production.

Un test grandeur nature pour la gouvernance minière ivoirienne

La mine Koné constitue, au fond, un test de cohérence pour la politique minière ivoirienne. Abidjan a choisi de rehausser sa fiscalité en pleine période de boom aurifère, sans attendre la révision du Code minier un signal que les marges de renégociation existent. L’enjeu désormais est de transformer des estimations favorables en recettes effectives, ce qui suppose une administration fiscale capable de suivre les flux d’un projet complexe aux multiples instruments financiers.

La question que les observateurs du secteur posent déjà : la Côte d’Ivoire saura-t-elle tirer pleinement parti de ce cycle haussier avant qu’il ne se retourne ?

Sources