En Angola, l’agriculture dépasse le pétrole dans le PIB pour la première fois

La rédaction

mai 21, 2026

L’Angola franchit un cap structurel inédit : l’agriculture représente désormais environ 25 % du PIB, contre 15 % pour le pétrole. Ce basculement, confirmé lors de l’Africa CEO Forum de Kigali, traduit une décennie de transformation volontariste — mais soulève autant de questions qu’il n’apporte de réponses.

Un renversement de hiérarchie sectorielle

Il y a dix ans, l’agriculture pesait 14 % du PIB angolais. Elle en représente aujourd’hui environ 25 %, dépassant un secteur pétrolier retombé à quelque 15 %, selon José de Lima Massano, ministre d’État chargé de la Coordination économique. « Même en Angola, quand on annonce que l’agriculture est désormais numéro un, les gens sont stupéfaits », a-t-il déclaré à Kigali le 19 mai 2026.

Ce déplacement n’est pas le fruit d’un effondrement pétrolier seul : l’économie non-pétrolière a progressé de plus de 5 % sur deux ans, avec une accélération à 7,2 % au dernier trimestre 2025. La Banque nationale d’Angola fait état d’une baisse des importations alimentaires de plus de 30 % sur douze mois, sans rupture d’approvisionnement signalée. Plus de trois millions de familles angolaises dépendent désormais d’un secteur que Luanda qualifie explicitement de priorité de souveraineté.

La manne pétrolière recyclée en désendettement

La stratégie budgétaire est aussi révélatrice que les données sectorielles. Le budget 2026 avait été construit sur une hypothèse de 61 dollars le baril. La révision à 80 dollars devrait permettre de réduire les besoins d’emprunt de 3,6 milliards de dollars sur les 15 milliards initialement prévus. « Les liquidités générées par la hausse des prix serviront à réduire notre recours à l’emprunt », a précisé Massano — logique inverse de celle qui a conduit de nombreuses économies rentières africaines à surinvestir en phase haute du cycle.

L’inflation reste néanmoins à deux chiffres, autour de 13 %, avec un objectif de passage sous les 10 % d’ici fin 2026. Le taux de chômage avoisine 20 %. Et la réforme des subventions aux carburants, pourtant inscrite au budget 2026 à hauteur de 40 % de réduction, a été ajournée dans l’attente de filets de protection sociale opérationnels. Sur ce dossier sensible, Massano a choisi la prudence : « Nous continuons d’observer, d’examiner en interne les meilleures options dont nous disposons avant de prendre des mesures concrètes. »

Le Corridor de Lobito comme levier d’ancrage territorial

Au-delà des agrégats macroéconomiques, Luanda mise sur une infrastructure pour consolider la transformation : une plateforme logistique est en chantier à Caála, dans la province de Huambo, dans le cadre du Corridor de Lobito reliant l’Angola à la République démocratique du Congo et à la Zambie, avec des partenaires européens. « Nous concevons notre stratégie pour que les communautés riveraines tirent de réels bénéfices des investissements », a indiqué Massano.

L’enjeu est précisément là : transformer une statistique nationale en réalité locale, dans un pays où la richesse pétrolière n’a historiquement irrigué qu’une fraction de la population.

La trajectoire angolaise reste fragile — dépendante d’arbitrages budgétaires non encore tranchés et d’une inflation encore mordante — mais elle constitue, pour les analystes des économies rentières africaines, un cas d’école à suivre de près.