Le gouvernement congolais a réagi officiellement, le 6 août 2026, aux révélations d’une enquête internationale sur des exportations clandestines d’uranium dissimulées dans des cargaisons de cobalt. Tout en contestant la méthodologie de l’étude à l’origine des accusations, Kinshasa annonce des mesures de vérification et sollicite formellement l’appui technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Une étude scientifique aux chiffres vertigineux
L’affaire prend sa source dans une étude publiée le 30 juillet 2026 dans Nature Communications, sur laquelle s’appuie une enquête conduite par Lighthouse Reports en partenariat avec Le Monde et le Financial Times. Selon cette étude, entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient été exportées, dissimulées dans le cobalt congolais à destination de la Chine, sur une période de vingt ans. En cause notamment : la mine de Tenke Fungurume, dans la province du Lualaba, opérée par le groupe minier chinois CMOC.
Ces chiffres, s’ils étaient confirmés, représenteraient un flux non déclaré d’une ampleur considérable dans une région où la République démocratique du Congo figure parmi les réserves uranifères historiquement les plus significatives du monde, c’est de Shinkolobwe, également au Katanga, que provenait l’uranium utilisé pour les bombes d’Hiroshima et Nagasaki.
CMOC a rejeté les accusations portées à son encontre, contestant tout dépassement des seuils réglementaires d’uranium sur son site. Le gouvernement congolais adopte une posture similaire sur le fond, mais choisit d’ouvrir un espace de vérification contradictoire plutôt que de clore le débat.
La réponse de Kinshasa : contestation méthodologique et ouverture internationale
Dans son communiqué officiel du 6 août 2026, relayé par RFI, le ministère de la Communication souligne que l’étude repose sur une modélisation et non sur des mesures directes de cargaisons exportées. « L’analyse de composition minérale de nos produits miniers marchands à l’exportation ne corrobore pas les tendances présentées », indique le communiqué.
Sur le plan institutionnel, Kinshasa annonce trois mesures concrètes : le lancement d’une campagne de vérification analytique contradictoire, la création d’un groupe de travail interministériel chargé d’évaluer les risques sanitaires et environnementaux, et la sollicitation formelle de l’AIEA pour une mission d’appui technique. Le rapport du groupe de travail est attendu dans un délai de soixante jours.
L’AIEA en première ligne de la gouvernance nucléaire africaine
C’est précisément ce dernier point qui confère à l’affaire une dimension dépassant le cadre bilatéral RDC-Chine. En invitant l’AIEA à intervenir, Kinshasa reconnaît implicitement que les outils nationaux de surveillance des matières nucléaires peuvent se révéler insuffisants face à des flux de cette ampleur présumée.
L’AIEA dispose de mandats d’assistance technique aux États membres pour le contrôle des matières nucléaires, notamment dans le cadre des accords de garanties liés au Traité sur la non-prolifération (TNP). Mais l’efficacité de ces mécanismes sur le continent africain a régulièrement été questionnée : ressources humaines limitées dans les agences nationales de sûreté, faible capacité analytique indépendante, et dépendance aux déclarations des opérateurs miniers.
Un deuxième volet de l’enquête de Lighthouse Reports est en préparation, ce qui laisse entendre que les révélations pourraient s’étendre au-delà du seul site de Tenke Fungurume. La réponse de l’AIEA à la sollicitation congolaise, et surtout son périmètre d’intervention, constitueront un signal important quant à la capacité des institutions internationales à exercer une surveillance effective sur les flux d’uranium africains.