GHANA : l’or artisanal injecte 1,87 milliard de dollars dans l’économie

La rédaction

octobre 3, 2026

En septembre 2026, le Ghana Gold Board a injecté 1,87 milliard de dollars de devises dans l’économie ghanéenne, dépassant de 471 millions son objectif mensuel. Une performance qui illustre la montée en puissance d’un modèle de centralisation de l’or artisanal dont la portée dépasse largement les frontières du premier producteur d’or d’Afrique.

Un dépassement d’objectif qui révèle l’ampleur du gisement formel

L’objectif fixé pour septembre 2026 était déjà ambitieux : 1,4 milliard de dollars à mobiliser via le négoce de l’or issu de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE). Le Ghana Gold Board communément désigné sous l’acronyme GoldBod a finalement généré 1,871 milliard de dollars, soit un dépassement de 33 % en valeur absolue. Sur ce montant, 701,3 millions de dollars ont été cédés aux banques commerciales pour soutenir la stabilité du marché des changes, tandis que 1,17 milliard a été transféré à la Banque du Ghana pour renforcer les réserves de change dans le cadre du mécanisme GANRAP.

Ce résultat n’est pas le fruit du hasard. La logique de l’objectif mensuel lui-même repose sur une répartition opérationnelle préconstruite : environ 700 millions de dollars destinés au système bancaire commercial, et jusqu’à 700 millions orientés vers les réserves officielles. En dépassant les deux tranches, GoldBod démontre que les volumes d’or artisanal formalisés atteignent désormais une masse critique suffisante pour faire du secteur un pilier structurel de la politique de change ghanéenne.

La montée en volume est documentée. Selon des données compilées par Sikafinance, la production d’or du Ghana a progressé de 21 % en 2025, pour atteindre 170 tonnes toutes catégories confondues. Côté artisanal seul, la Minerals Commission estimerait le passage d’environ 64 tonnes produites en 2024 à près de 103 tonnes sur les neuf premiers mois de 2025, une hausse qui reflète à la fois la montée en puissance du secteur et l’amélioration de la captation formelle par les agrégateurs licenciés.

GoldBod, architecture institutionnelle d’un monopole assumé

Pour comprendre la portée de cette performance, il faut revenir à la genèse du dispositif. Le Ghana Gold Board Act, 2025 (Act 1140) a été promulgué le 2 avril 2025 par le président John Dramani Mahama, transformant l’ancien Precious Minerals Marketing Company (PMMC) en une entité publique dotée d’un mandat beaucoup plus large. GoldBod est désormais, en droit, le seul acheteur, essayeur, vendeur et exportateur de l’or issu du segment artisanal et à petite échelle. Il agrège cet or via un réseau d’agrégateurs licenciés avant commercialisation ou exportation.

Ce monopole assumé poursuit plusieurs objectifs simultanés : fluidifier les transactions commerciales, réduire la contrebande, améliorer la traçabilité et, surtout, assurer le rapatriement des recettes en devises. Le modèle s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique subsaharienne. Au Zimbabwe, la Reserve Bank a depuis plusieurs années désigné son agence Fidelity Gold Refinery comme acheteur et exportateur exclusif de l’or, avec pour objectif explicite de renforcer les réserves et de crédibiliser la monnaie nationale, le ZiG. Les critiques formulées à l’encontre du modèle zimbabwéen notamment la sous-valorisation de l’or payée aux producteurs, qui alimente la contrebande constituent un avertissement que les architectes du GoldBod ont manifestement intégré dans leur conception.

Réserves de change : un levier encore sous-utilisé à plein potentiel

L’impact sur les réserves de la Banque du Ghana est réel, même si leur trajectoire en 2026 montre que la consolidation reste fragile. Après avoir culminé entre 14,2 et 14,5 milliards de dollars au premier trimestre 2026, les réserves brutes ont reflué à environ 12,1 milliards de dollars au 22 septembre 2026, selon les données du Trésor français. Dans ce contexte de légère érosion, l’injection mensuelle de 1,17 milliard par GoldBod vers la Banque du Ghana revêt une importance stratégique immédiate : elle représente à elle seule près de 10 % du niveau total des réserves.

L’or détenu en propre par la banque centrale joue également un rôle croissant. Selon des données de Bpifrance datant de mi-2025, l’or représentait près de 30 % des réserves brutes du Ghana, avec des stocks estimés à 33 tonnes fin juin 2025. La dynamique induite par GoldBod tend à renforcer durablement cette composante, à condition que les volumes formalisés restent élevés et que la contrebande transfrontalière soit effectivement contenue.

La formalisation face au galamsey : une conciliation sous tension

Le succès de septembre ne doit pas occulter la contradiction structurelle au cœur de la politique ghanéenne. D’un côté, Accra réprime avec une vigueur croissante le galamsey l’orpaillage clandestin via des opérations militaires successives (Operation Vanguard, Halt II, Halt III, Flush Out), la révocation en décembre 2025 de la L.I. 2462 qui autorisait l’exploitation dans les réserves forestières, et la création fin 2025 d’une structure nationale unifiée d’application de la loi, le NAIMOS. L’interdiction faite aux étrangers d’acheter ou vendre de l’or sur le marché local, entrée en vigueur le 30 avril 2025, vise directement les réseaux informels impliquant des opérateurs étrangers, notamment chinois.

De l’autre côté, GoldBod incarne une logique de formalisation sélective : tolérance zéro pour l’illégal dans les forêts et les cours d’eau, mais intégration des producteurs régularisables dans un circuit surveillé. Cette coexistence n’est pas sans tensions. Un rapport du Global Initiative Against Transnational Organized Crime, publié en décembre 2025, estime que 60 à 70 % de l’or extrait dans le nord du Ghana est vendu à des négociants burkinabè puis acheminé hors du pays. Des données de SWISSAID documentent par ailleurs un écart de 229 tonnes entre les exportations officielles ghanéennes et les volumes déclarés par les pays importateurs entre 2016 et 2021, représentant environ 11,4 milliards de dollars de flux non comptabilisés.

Ces chiffres rappellent que la performance de septembre, aussi solide soit-elle, repose sur une assiette formalisée qui demeure partielle. L’enjeu pour GoldBod est de réduire progressivement cet écart miroir en rendant le circuit officiel plus attractif que la contrebande notamment par un prix d’achat compétitif, un traitement rapide et une traçabilité qui valorise l’or légal sur les marchés internationaux.

Un modèle qui attire les regards régionaux

Au-delà du Ghana, la performance de septembre alimente un débat plus large sur la gouvernance de l’or artisanal en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire s’est engagée en septembre 2026 dans un effort d’éradication de l’orpaillage clandestin, tandis que des analyses publiées par Le360 Afrique interrogent explicitement la pertinence de s’inspirer du régulateur unique ghanéen. Au Mali, un organisme public chargé de réguler le commerce de l’or artisanal a été mis en place en juillet 2026, dans un contexte où les juntes sahéliennes cherchent à capter davantage de rentes aurifères. Le Burkina Faso a pour sa part inauguré sa première raffinerie nationale d’or en septembre 2026.

Ces dynamiques parallèles montrent que le modèle du monopole public d’achat et d’exportation de l’or artisanal gagne du terrain dans la région, même si les contextes institutionnels, sécuritaires et politiques varient considérablement d’un pays à l’autre. Le Ghana bénéficie d’un avantage comparatif : une industrie minière industrielle mature, des institutions relativement solides et une base productive artisanale déjà substantielle. Ces atouts rendent son modèle plus facilement opérationnel que dans des États où la gouvernance minière est encore embryonnaire.

Une architecture prometteuse, des incertitudes persistantes

Le résultat de septembre 2026 confirme que le GoldBod est opérationnel et capable de générer des flux de devises significatifs à court terme. Mais la pérennité du modèle dépend de plusieurs variables que les seuls chiffres mensuels ne permettent pas de mesurer : la capacité à maintenir des prix d’achat suffisamment incitatifs pour décourager la contrebande, la robustesse du réseau d’agrégateurs licenciés face aux pressions informelles, et la cohérence de long terme entre la politique répressive anti-galamsey et la politique de formalisation sélective.

La question de fond reste ouverte : le Ghana parviendra-t-il à transformer une performance conjoncturelle en une rente durable, ou la formalisation de l’or artisanal restera-t-elle tributaire des cours mondiaux de l’or lesquels ont fortement soutenu les résultats récents et d’une contrebande transfrontalière que aucune architecture institutionnelle n’a encore réussi à endiguer durablement dans la région ?

Sources