CNCCAI Niger : à Agadez, la coordination institutionnelle ne suffit pas encore à mesurer l’efficacité du désarmement

La rédaction

octobre 15, 2026

Le Conseil régional de sécurité d’Agadez a tenu ce 15 octobre 2026 une session élargie aux membres de la Commission nationale pour la collecte et le contrôle des armes illicites (CNCCAI). Une réunion de plus dans une région où les armes prolifèrent mais les données sur les résultats concrets restent introuvables.

Une architecture interinstitutionnelle bien rodée, des bilans chiffrés absents

La réunion présidée par le Général de Division Ibra Boulama Issa au Gouvernorat d’Agadez s’inscrit dans un calendrier désormais régulier. Le Conseil régional de sécurité (CRS) se réunit de façon hebdomadaire ou mensuelle depuis plusieurs années, tantôt sur la situation sécuritaire générale, tantôt sur des thématiques ciblées. L’élargissement de cette session aux membres civils et militaires de la CNCCAI, dont son Secrétaire permanent, témoigne d’une volonté de coordination verticale entre l’instance régionale et la commission nationale.

Créée par décret en 1994, puis réformée à plusieurs reprises jusqu’au décret n° 2014-737/PRN du 3 décembre 2014, la CNCCAI dispose d’un mandat étendu : elle conseille la présidence sur les stratégies contre la prolifération des armes légères et de petit calibre (ALPC), coordonne les activités de déminage humanitaire et assure la mise en œuvre des engagements internationaux du Niger dans le domaine du contrôle des armements. Son budget documenté s’élevait à environ 500 millions de FCFA en 2013, une dotation multipliée par cent depuis 2009, selon une évaluation du PNUD, mais aucune loi de finances récente ne permet de confirmer son niveau de financement actuel.

Ce qui manque cruellement à cette réunion, comme à celles qui l’ont précédée, c’est le bilan opérationnel. Aucune série officielle publiée par la CNCCAI ne donne, année par année, le nombre d’armes collectées au Niger entre 2020 et 2025. Une opération de 2018 portant sur près de 640 armes à feu, auxquelles s’ajoutaient une trentaine de remises volontaires par des habitants d’Agadez constitue l’un des rares chiffres documentés dans cette période proche, mais il ne couvre pas les années récentes.

Un contexte sahélien qui aggrave le défi

La région d’Agadez cumule plusieurs facteurs défavorables au contrôle des armes. Le Small Arms Survey documente, dans son rapport consacré au Niger, une diversification des sources d’approvisionnement en ALPC : stocks nationaux, trafics transfrontaliers, flux en provenance de Libye et des zones de conflit voisines. L’étude relève également la forte présence d’armes artisanales et de fusils de chasse, peu saisis par les autorités bien que très répandus, ainsi que la circulation de pistolets à blanc d’origine turque pouvant être convertis. Dans le seul nord du Niger, l’analyse des saisies a recensé 34 types différents de cartouches de calibre 7,62 × 54R mm, indice d’une présence significative de mitrailleuses lourdes de type PKM.

L’ONUDC, de son côté, signale une hausse de 105 % des saisies d’armes au Sahel entre 2017 et 2021 sans isoler Agadez dans ses données. Aucune estimation chiffrée récente du volume d’armes illicites transitant spécifiquement par la région n’a été publiée pour la période 2023-2025 par ces deux organismes de référence.

Le contexte institutionnel régional ne facilite pas non plus la tâche. Depuis le coup d’État de juillet 2023, la CEDEAO a suspendu ses relations avec les autorités de fait nigériennes, interrompant ou fragilisant les mécanismes de coopération transfrontalière. Avant le putsch, les échanges de renseignements entre le Niger et le Nigeria avaient contribué à la saisie de plus de 10 000 cartouches entre mars 2022 et avril 2023, selon les données de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime. Ce canal de coopération est aujourd’hui largement paralysé.

La comparaison régionale, révélatrice des lacunes nigériennes

L’expérience des pays voisins permet de mesurer l’écart entre coordination institutionnelle et résultats opérationnels. Au Burkina Faso, les autorités ont collecté, profilé et détruit 451 armes et munitions en 2022, puis traité 1 913 armes obsolètes ou saisies et 16 000 munitions en 2023, des chiffres rendus publics dans le cadre des rapports nationaux aux Nations Unies. L’opération régionale KAFO V, facilitée par l’ONUDC en 2024, a abouti à la saisie de plus de 400 armes à feu et de plus de 4 000 munitions dans les pays participants. Au Mali, les résultats documentés portent surtout sur la formation et la sensibilisation, 713 participants aux campagnes menées en zones frontalières en 2021, sans bilan national consolidé comparable.

Ces chiffres, imparfaits et hétérogènes, ont au moins le mérite d’exister. Pour le Niger et la région d’Agadez, la documentation publique reste lacunaire. Les chercheurs de l’UNIDIR Anna Mensah-Sackey, Hardy Giezendanner et Paul Holtom, dans leurs rapports successifs sur la gestion des armes et munitions en Afrique, soulignent que les commissions nationales restent souvent trop faibles pour coordonner efficacement les administrations et les forces de sécurité ce qui explique des résultats inégaux à travers le continent.

La réunion comme outil, pas comme résultat

Rien dans les comptes rendus des réunions antérieures du CRS d’Agadez ne permet d’identifier des décisions opérationnelles précises en matière de collecte d’armes. Le bilan 2025 évoque la tenue régulière des conseils de sécurité, des rencontres communautaires, des activités civilo-militaires et des actions de sensibilisation au désengagement des jeunes enrôlés dans des groupes armés. Ce sont des leviers utiles, mais distincts du contrôle physique des armes en circulation.

La session de ce 15 octobre 2026 confirme une chose : l’architecture institutionnelle du désarmement au Niger CRS, CNCCAI, Secrétariat permanent, fonctionne et se réunit. Elle ne dit rien, en revanche, sur le nombre d’armes collectées, les circuits démantelés ou les remises volontaires enregistrées dans la région d’Agadez. Tant que ces données resteront inaccessibles ou inexistantes, il sera impossible de distinguer la coordination des résultats et d’évaluer si les réunions produisent autre chose que des réunions.


Sources