Zijin Mining et les mines du Congo : une souveraineté minière à géométrie variable

La rédaction

octobre 23, 2026

En octobre 2026, l’arrestation d’environ 300 ressortissants chinois soupçonnés d’exploitation minière illégale à Kolwezi a brièvement mis en lumière une question que Kinshasa préfère généralement laisser dans l’ombre : l’État congolais est-il en mesure d’appliquer sa propre réglementation minière de manière uniforme, qu’il s’agisse de creuseurs artisanaux locaux ou d’opérateurs étrangers adossés à des capitaux considérables ? La réponse, à l’examen des faits, est loin d’être rassurante.

Arrestations en série, libérations discrètes

L’opération menée dans la ceinture cuprifère du Lualaba a mobilisé des agents du Conseil national de sécurité et des services de l’immigration. La Direction générale des migrations a officiellement présenté l’affaire comme un contrôle migratoire ordinaire, annonçant l’expulsion de 114 ressortissants chinois et philippins en situation irrégulière, 70 venus de Kolwezi, 44 de Lubumbashi. Mais Bloomberg et Mining MX ont rapporté un chiffre nettement plus élevé : quelque 300 interpellations pour exploitation présumée sur des concessions tierces.

Ce qui s’est passé ensuite est révélateur. Des sources de presse ont signalé que certains détenus auraient été relâchés après intervention de l’ambassade de Chine à Kinshasa, information suffisamment persistante pour alimenter les spéculations sur l’existence d’un couloir diplomatique parallèle aux procédures judiciaires. La ligne officielle congolaise, elle, s’est contentée d’invoquer la « normalisation du secteur minier », sans détailler les suites pénales éventuelles.

Le contraste avec le traitement habituellement réservé aux creuseurs artisanaux congolais est saisissant. Entre fin 2025 et début 2026, les opérations de contrôle dans le Lualaba ont donné lieu à des arrestations, des expulsions de sites et une suspension généralisée des activités artisanales décidée le 19 décembre 2025, sans que personne n’évoque une médiation diplomatique pour en atténuer les effets.

Le poids des 6 milliards de Zijin

La présence chinoise dans les mines congolaises n’est pas anecdotique. Zijin Mining affirme avoir investi environ 6 milliards de dollars en RDC, notamment à travers sa participation au gisement de Kamoa-Kakula et la Compagnie minière de Musonoie (COMMUS), opérée dans la périphérie de Kolwezi. Ce poids capitalistique crée une asymétrie structurelle : Kinshasa a besoin des devises et des investissements que ces entreprises génèrent, dans un pays qui fournit plus de 70 % du cobalt mondial utilisé dans les batteries de véhicules électriques.

Cette dépendance rend l’application uniforme du Code minier révisé en 2018 politiquement délicate. Le texte prévoit pourtant des sanctions claires pour exploitation illicite sur la concession d’un tiers : amendes de 10 000 à 250 000 dollars, saisie des minerais extraits et arrêt des travaux. Ces dispositions semblent rarement opposées avec la même fermeté à des opérateurs étrangers bénéficiant d’un appui diplomatique actif.

Des communautés exposées aux deux bouts de la chaîne

Pendant que se jouait ce bras de fer feutré, les populations riveraines des grandes mines continuaient de subir les conséquences sanitaires d’une extraction dont elles ne tirent qu’une infime part des bénéfices. Une étude scientifique indépendante publiée par RAID documente une pollution atmosphérique, hydrique et des sols d’ampleur industrielle dans la province du Lualaba. À tous les sites surveillés, les concentrations de particules fines (PM2,5 et PM10) dépassent les seuils de l’OMS, jusqu’à six fois dans certains cas, avec 98 % des mesures horaires au-dessus des limites de sécurité.

L’école Galaxy à Kolwezi, fréquentée par environ 1 500 enfants, se trouve à moins de 500 mètres d’un stockage de déchets miniers. Un puits communautaire voisin affiche une acidité 100 fois supérieure aux valeurs recommandées et des concentrations de manganèse atteignant jusqu’à 14 fois les limites sanitaires. Le professeur Célestin Banza Lubaba Nkulu, de l’Université de Lubumbashi, qualifie les sédiments chargés de métaux qui s’accumulent dans les cours d’eau de la région de « bombe chimique à retardement », et conclut que l’exposition documentée « est compatible avec des risques sanitaires significatifs et graves ». Un habitant riverain résume sobrement : « On nous tue à petit feu. »

À ces risques sanitaires s’ajoutent les menaces de déplacement. COMMUS, filiale de Zijin, a annoncé en janvier 2025 des concertations avec les habitants de la cité Gécamines en vue d’une délocalisation. Selon les sources disponibles, une commission a identifié 170 maisons à indemniser mais, neuf mois plus tard, aucune délocalisation effective n’avait eu lieu, les habitants demeurant dans l’attente d’une mise en œuvre concrète.

Une souveraineté juridiquement reconnue, matériellement inégale

Le tableau qui se dégage n’est pas celui d’un État totalement impuissant, mais d’une souveraineté à géométrie variable, calibrée en fonction du rapport de force. Kinshasa dispose des textes, Code minier, sanctions, procédures d’expulsion mais leur application suit une logique de hiérarchie implicite : rigueur maximale pour les opérateurs les plus vulnérables, négociation discrète pour ceux qui disposent d’un levier diplomatique ou économique.

Cette asymétrie n’est pas propre à la RDC. L’Union africaine elle-même identifie comme priorité l’amélioration des capacités de négociation, d’audit et de contrôle des États membres face aux opérateurs miniers étrangers. Sans ces capacités, inspecteurs en nombre suffisant, expertise fiscale indépendante, magistrature blindée contre les pressions les codes miniers les mieux rédigés restent des tigres de papier.

La vraie question que pose l’épisode de Kolwezi n’est donc pas tant celle de la souveraineté formelle de la RDC sur ses ressources. Elle est celle de la volonté et des moyens de la faire respecter de manière identique pour tous y compris lorsque l’ambassade de Chine décroche son téléphone.

Sources