BÉNIN-UEMOA : Le Bénin domine le classement régional de l’inclusion financière avec 92,8 %

La rédaction

novembre 3, 2026

Le rapport annuel 2025 de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, publié le 26 octobre 2026, place le Bénin au sommet du classement régional de l’inclusion financière avec un taux global de 92,8 % et un indice synthétique de 0,667. Une performance qui s’appuie sur dix ans de réformes structurelles, mais qui n’efface pas des zones d’ombre persistantes sur la qualité réelle de l’accès financier.

Un leadership statistique sans ambiguïté

Les chiffres du rapport annuel BCEAO sur l’inclusion financière dans l’UEMOA sont nets : le Bénin occupe la première place sur les six indicateurs de niveau retenus par l’institution. Son taux global d’inclusion financière atteint 92,8 %, son taux de bancarisation élargi 91,7 % et son taux de bancarisation strict 39,8 %. Le pays compte environ 540 points de services financiers pour 100 000 habitants, ce qui lui confère la première place pour la pénétration démographique dans l’Union.

L’indice synthétique, qui agrège les dimensions d’accès, d’utilisation et d’accessibilité-prix des services financiers, s’établit à 0,667 en 2025, contre 0,663 en 2024 et 0,451 en 2015. La progression sur dix ans est donc considérable, et traduit une dynamique longue, pas un simple effet statistique conjoncturel.

Le reste du classement régional permet de contextualiser cette performance. Selon le tableau de suivi des indicateurs de la BCEAO, le taux global d’utilisation des services financiers atteint 90,7 % au Togo, 88,7 % en Côte d’Ivoire et 88,0 % au Sénégal. À l’autre extrémité, le Niger n’affiche que 26,2 % et la Guinée-Bissau un taux de bancarisation élargi de 14,7 %. L’écart entre le meilleur et le dernier dans l’Union dépasse 65 points de pourcentage, ce qui dit autant de l’hétérogénéité de l’espace UEMOA que des performances individuelles.

Les moteurs d’une décennie de progrès

Mobile money et densité des points de service

L’explication la plus immédiate de la performance béninoise réside dans la densité de son infrastructure de services financiers mobiles. Fin 2025, le marché béninois du mobile money comptait environ 11,65 millions de clients actifs, selon les données de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP Bénin). MTN Mobile Money détenait environ 51 % des comptes actifs, Celtiis Cash 27 % et Moov Money 22 %. Sur le seul troisième trimestre 2025, les trois opérateurs ont enregistré plus de 80 millions de dépôts, pour une valeur dépassant 1 000 milliards de francs CFA.

Ce déploiement n’est pas spontané. Dès 2020, le gouvernement béninois a distribué des microcrédits via les réseaux MTN et Moov, sans intermédiaire et sans frais de retrait annoncés, permettant d’atteindre des populations éloignées des agences bancaires. La mesure a structurellement lié microcrédit public et infrastructure mobile, ce qui a accéléré l’adoption des services financiers numériques dans les zones rurales.

Un cadre réglementaire progressivement consolidé

La Stratégie nationale d’inclusion financière 2023-2027, adoptée par le Conseil des ministres le 29 mars 2023, a formalisé cinq axes d’action : amélioration du cadre légal, renforcement de la gouvernance, développement de produits adaptés, promotion des services numériques et éducation financière. Un Secrétariat permanent, opérationnalisé en 2024, assure la coordination entre acteurs publics et privés.

En juin 2025, l’Assemblée nationale a adopté la loi n° 2025-14 portant réglementation de la microfinance, qui introduit notamment un capital social minimum, un conseil d’administration obligatoire et le principe de proportionnalité réglementaire. Les institutions existantes disposaient de douze mois pour se mettre en conformité. Le rapport BCEAO attribue explicitement une partie des avancées béninoises à ce renforcement de la réglementation microfinancière, à la promotion de la finance agricole et au développement des paiements numériques.

Le gouvernement a également instauré une taxe de 1 % sur certaines transactions commerciales en espèces supérieures à 100 000 francs CFA, mesure présentée comme une incitation au paiement électronique. L’effet net de cette mesure sur l’adoption des services numériques reste difficile à isoler, mais elle s’inscrit dans une logique cohérente de découragement du cash.

Ce que le taux de 92,8 % ne dit pas

Le fossé entre bancarisation élargie et bancarisation stricte

Le contraste entre le taux de bancarisation élargi (91,7 %) et le taux strict (39,8 %) est l’indicateur le plus révélateur des limites du classement. Plus de la moitié de l’inclusion financière béninoise repose sur la microfinance et la monnaie électronique, et non sur des comptes bancaires classiques. Ce n’est pas nécessairement un problème en soi — le mobile money a prouvé sa capacité à réduire la vulnérabilité économique des ménages — mais cela signifie que l’accès aux produits bancaires complexes (crédit à moyen terme, assurance, instruments d’épargne rémunérés) reste limité pour une majorité de la population.

Les données disponibles le confirment : selon l’Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages 2021-2022, seuls 5,1 % des personnes de 15 ans ou plus avaient demandé un crédit auprès d’une institution financière formelle. L’écart entre ce chiffre et le taux d’inclusion global (92,8 %) illustre la distance entre l’accès à un compte et l’accès à un financement productif.

Le coût du crédit, angle mort du classement

Sur la dimension accessibilité-prix, les données BCEAO révèlent que le Bénin affiche un taux moyen de crédit bancaire de 7,32 %, ce qui le place en position médiane dans l’Union, derrière le Sénégal (5,98 %) et la Côte d’Ivoire (6,26 %). Si ce chiffre ne mesure pas le coût total du crédit pour les emprunteurs finaux — frais annexes, garanties exigées, durées imposées — il signale que la primauté béninoise en matière d’accès ne se traduit pas automatiquement par des conditions de financement plus favorables.

Les enseignements des précédents africains

Les expériences africaines comparables, notamment au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie, montrent que les taux d’inclusion élevés ne produisent des effets durables sur le développement économique que lorsqu’ils s’accompagnent d’une réglementation efficace, d’une interopérabilité entre systèmes et d’une attention explicite portée à l’usage actif plutôt qu’à la simple détention de comptes. Une étude portant sur l’UEMOA sur la période 2015-2022 conclut d’ailleurs que l’inclusion financière numérique peut avoir un effet négatif sur la croissance lorsque la qualité institutionnelle est insuffisante. Le cas béninois n’échappe pas à cette logique : la solidité du cadre réglementaire sera déterminante pour transformer l’accès en autonomie financière réelle.

Un modèle perfectible, mais une base solide

Le rapport BCEAO documente une progression indéniable. L’indice synthétique béninois a progressé de 47,8 % en dix ans, ce qui traduit une transformation structurelle du système financier, et non une simple amélioration de surface. La combinaison d’une stratégie nationale formalisée, d’une réglementation microfinancière rénovée et d’une infrastructure mobile dense constitue un socle que peu de pays de la région peuvent revendiquer.

La question désormais posée aux décideurs publics et privés n’est pas de savoir si le Bénin mérite son titre de champion de l’UEMOA — les chiffres parlent d’eux-mêmes — mais de savoir ce qu’il en fait. Un taux d’inclusion de 92,8 % ne vaut que par la qualité des services auxquels il donne accès, par leur coût réel pour les ménages les plus modestes et par leur capacité à financer des activités productives. Sur ces trois dimensions, les progrès restent à documenter rigoureusement. Le prochain cycle de réformes de la Stratégie nationale d’inclusion financière 2023-2027 sera le premier vrai test de cette ambition.


Sources