Areal à Minna : la Russie mise sur l’or nigérian pour ancrer son offensive économique en Afrique de l’Ouest

La rédaction

novembre 3, 2026

La signature d’un accord entre la société russe Areal et le gouvernement de l’État du Niger pour construire une raffinerie d’or à Minna, annoncée le 2 novembre 2026 en marge du IIIe sommet Russie-Afrique, illustre une stratégie de pénétration économique russe qui mise davantage sur les annonces bilatérales que sur les capitaux disponibles. Derrière l’effet d’affichage diplomatique, les questions sur la crédibilité de l’opérateur et sur la capacité de Moscou à tenir ses engagements restent entières.

Un accord minier signé à l’échelon infranational

L’accord a été conclu lors d’une rencontre entre le gouverneur de l’État du Niger, Mohammed Bago, et le directeur général d’Areal, Vladislav Sviblov, avec l’appui de la représentation commerciale russe au Nigeria. Ni le montant de l’investissement, ni le calendrier de construction, ni la capacité de production prévue n’ont été communiqués. La représentation commerciale russe s’est bornée à indiquer que « la construction de cette usine permettra de créer de nouveaux emplois, de sortir l’extraction aurifère du secteur informel et d’accroître les recettes du budget fédéral et du budget régional ».

L’enjeu local est réel : selon des données récentes, l’État du Niger produit environ 3,17 tonnes d’or artisanal par an, un secteur estimé à plus de 188 milliards de nairas et dont plus de 90 % de la production échappe à toute formalisation. Le projet de raffinerie s’adresse directement à ce gisement fiscal inexploité. L’opération reste pour l’heure une initiative infranationale, portée par un gouverneur dont le positionnement s’inscrit dans la dynamique fédérale nigériane de recherche d’investisseurs étrangers dans les minerais solides.

Areal : un opérateur sans antécédents africains

Ce qui rend l’accord singulier, c’est le profil de la société signataire. Areal, anciennement connue sous le nom d’Highland Gold, exploite des gisements d’or, d’argent et de métaux non ferreux dans onze régions de Russie, Transbaïkalie, Kamtchatka, kraï de Khabarovsk, Bouriatie, Tchoukotka. Aucun projet africain antérieur documenté ne figure à son actif. Le contrat de Minna constitue, selon les sources disponibles, sa première incursion sur le continent.

Cette absence d’expérience africaine ne condamne pas le projet, mais elle invite à la prudence. Elle contraste notamment avec le précédent malien : en juin 2025, Reuters rapportait le démarrage des travaux d’une raffinerie d’or à Sénou, près de Bamako, portée par le groupe russe Yadran en partenariat avec la société malienne SOROMA-SA, avec une capacité annoncée de 200 tonnes par an. Ce projet, plus avancé et adossé à un contexte politique favorable entre Bamako et Moscou, constitue aujourd’hui le principal précédent russe en matière d’unité de traitement de l’or sur le continent.

La commission intergouvernementale : une mécanique longtemps en jachère

L’accord s’appuie sur un cadre institutionnel bilatéral dont l’histoire mérite d’être rappelée. La commission intergouvernementale mixte russo-nigériane de coopération économique, scientifique et technique a été créée en 1989. Sa première session s’est tenue à Moscou en décembre 2004. Or, selon des sources russes, la dernière réunion de cette commission remonte à 2016 : dix ans de silence, avant que les deux parties ne cherchent à la réactiver dans le sillage du sommet de novembre 2026.

Cet intermède illustre une limite structurelle de l’expansion économique russe en Afrique documentée par les travaux de Thierry Vircoulon pour l’IFRI : la Russie excelle à poser des jalons institutionnels et à signer des accords, mais peine à les concrétiser. Depuis 2022, les sanctions occidentales ont réduit la capacité financière des entreprises russes, plusieurs grandes présences historiques, Nornickel en Afrique du Sud, Alrosa en Angola se sont retirées, et le volume total des échanges Russie-Afrique, estimé à 27,8 milliards de dollars en 2026, reste très inférieur aux 40 milliards annoncés par Vladimir Poutine en 2019.

L’Afrique de l’Ouest, terrain d’une influence politique supérieure au poids économique réel

Pour Chatham House, l’engagement russe en Afrique s’est approfondi depuis 2022, notamment au Sahel, mais sa capacité de livraison demeure limitée. La Russie dispose d’un avantage comparatif dans la conclusion rapide d’accords politiques, avec moins de conditionnalité que les partenaires occidentaux. En revanche, elle peine à fournir les investissements, les infrastructures et les transferts de technologie que ces accords supposent.

L’accord de Minna s’inscrit dans cette logique. Il est signé en marge d’un sommet, porté par une entreprise sans expérience africaine, sans chiffre publié, sans calendrier fixé. Il répond à une demande nigériane réelle, la formalisation de l’orpaillage, la création de valeur ajoutée locale, mais il reste, à ce stade, un acte d’intention plutôt qu’un engagement financier vérifiable. Le IIe sommet Russie-Afrique de Saint-Pétersbourg, en juillet 2023, avait produit 161 accords recensés ; aucun taux officiel de mise en œuvre effective n’a depuis été publié.

La vraie question n’est donc pas de savoir si la Russie s’intéresse à l’or nigérian, l’accord de Minna le confirme. Elle est de savoir si Areal possède les ressources nécessaires pour transformer une signature diplomatique en raffinerie fonctionnelle dans un État producteur dont la richesse aurifère est aussi réelle que son économie extractive est informelle.


Sources