Projet Atex lithium : Australasian Metals relance l’exploration en Côte d’Ivoire

La rédaction

septembre 30, 2026

Côte d’Ivoire : Atex rouvre le dossier du lithium

Après plus de deux ans d’interruption et un épisode de désengagement de son partenaire financier, le projet de lithium Atex, situé dans le nord de la Côte d’Ivoire, retrouve un opérateur et une dynamique d’exploration. La société australienne Australasian Metals prépare une nouvelle campagne de forage, mais le projet reste encore loin d’une estimation de ressources minérales étape indispensable pour attirer des capitaux de développement.

Une option de 90 jours pour prendre position sur Atex

Le 29 septembre 2026, Australasian Metals a annoncé la préparation des pistes d’accès nécessaires à une prochaine campagne de forage à la tarière sur le projet Atex. La société australienne opère dans le cadre d’une option exclusive de 90 jours, obtenue début septembre 2026 auprès de Firering Strategic Minerals, propriétaire du projet. Cette option lui ouvre le droit d’acquérir jusqu’à 75 % de l’actif, si elle décide de l’exercer au terme de la période de diligence.

Le mécanisme est classique dans le secteur minier junior en Afrique : l’acheteur potentiel verse un ticket d’entrée non remboursable, conduit ses vérifications techniques et juridiques, puis décide ou non de clore la transaction selon des modalités financières négociées à l’avance. Ce type de structure permet au vendeur de sécuriser un engagement immédiat, sans contraindre l’acquéreur à supporter d’emblée le risque complet de l’acquisition.

Pour Firering, l’enjeu est de retrouver un partenaire opérationnel après plusieurs mois de flottement. En 2025, Ricca Resources s’était retirée du projet, invoquant explicitement la dépression durable du marché mondial du lithium dans sa lettre aux actionnaires de février 2025. Ce désengagement avait laissé Atex sans partenaire investisseur, dans un contexte de prix bas qui avait aussi freiné d’autres projets dans la région.

Ce que les forages de 2024 ont révélé et ce qu’ils n’ont pas encore établi

La dernière campagne de forage sur Atex remonte à mars 2024. Firering avait alors réalisé 23 trous à circulation inverse, pour un total de 3 753 mètres forés, à des profondeurs comprises entre 80 et 200 mètres. Ces travaux avaient permis d’étendre de 122 % la minéralisation connue en lithium et de porter la longueur de l’axe minéralisé à environ 800 mètres. Un résultat jugé encourageant pour un projet encore à un stade précoce.

Ce que ces chiffres ne disent pas, en revanche, est tout aussi important : à ce jour, aucune estimation officielle de ressources minérales n’a été publiée pour le projet Atex. Or, sans une telle estimation conduite selon un référentiel reconnu comme le code JORC, qui régit les standards de reporting australiens il n’existe aucune base technique certifiée sur laquelle un investisseur peut appuyer une décision de financement significative. L’extension de la minéralisation constatée en 2024 constitue un indice géologique, pas encore une ressource mesurée ou indiquée.

La prochaine campagne de forage à la tarière vise précisément à progresser dans cette direction : mieux délimiter la géométrie et la continuité de la zone minéralisée, afin de préparer le terrain pour une première estimation de ressources. Dans les projets lithium en Afrique subsaharien, le délai entre les premiers forages d’exploration et une première estimation JORC se mesure généralement en mois de quelques semaines dans les cas les plus rapides à plus d’un an dans les situations plus complexes. Pour Atex, dont les forages ont débuté en 2023, l’horloge tourne.

Un contexte de marché ambigu pour les projets en phase précoce

La reprise d’exploration sur Atex intervient dans un contexte de marché lithium qui reste instable. Après avoir chuté à environ 10 500 dollars la tonne en septembre 2024, le prix du carbonate de lithium avait rebondi fortement début 2026, atteignant temporairement plus de 26 000 dollars la tonne selon les données de Trading Economics. Mais en septembre 2026, les cours ont de nouveau reculé, retombant autour de 11 000 dollars la tonne sur le marché mondial, pénalisés par des stocks plus abondants et une offre toujours excédentaire.

Cette volatilité pèse différemment selon le stade des projets. Pour les mines déjà en production comme Goulamina au Mali, inaugurée en décembre 2024 et opérée par Ganfeng Lithium, ou Bougouni, qui a enregistré une première production de concentré de spodumène en février 2025 la question est celle des marges et de la rentabilité. Pour les projets encore en exploration, comme Atex, l’enjeu est différent : les coûts d’exploration sont relativement limités, mais la capacité à lever des capitaux pour franchir les étapes suivantes (forage plus dense, estimation de ressources, études de préfaisabilité) dépend directement de la lisibilité du marché pour les investisseurs.

En Côte d’Ivoire, le gouvernement affiche une orientation pro-développement sur les minerais critiques. Le ministère des Mines présente le lithium parmi les substances d’intérêt stratégique national, et de nouveaux permis de recherche ont été attribués en 2025 et 2026. La Politique Intégrée des Ressources Minérales et de l’Énergie (PIRME) inscrit ce positionnement dans une vision à l’horizon 2030. Ce cadre favorable ne suffit pas à lui seul à accélérer le développement de projets comme Atex, mais il signale une continuité réglementaire appréciée des juniors minières qui opèrent dans la région.

L’ancrage local, argument de crédibilité autant que de bon sens opérationnel

Dans sa communication du 29 septembre 2026, Qingtao Zeng, directeur général d’Australasian Metals, a mis en avant la dimension communautaire de la reprise d’activité : « Nous avons été ravis de l’accueil positif que notre équipe a reçu de la part de la communauté locale lors de notre visite dans la région. Le chef et les représentants de la communauté ont salué nos projets visant à lancer des activités d’exploration dans le cadre du projet Atex Lithium, notamment notre intention de recruter du personnel local pour explorer cette zone prometteuse. »

Ce discours d’ancrage local est devenu un marqueur quasi-systématique dans les communications des juniors minières opérant en Afrique, à la fois pour prévenir les tensions sociales et pour répondre aux attentes croissantes des investisseurs en matière de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Reste que l’engagement de recrutement local ne dit rien sur la substance géologique du projet : il témoigne d’une gestion des parties prenantes, pas d’un potentiel minier quantifié.

De l’indice à la ressource : la distance qui sépare Atex des décisions d’investissement

Le véritable enjeu du projet Atex est désormais la transformation des indices géologiques accumulés depuis 2023 en une première estimation de ressources minérales publiable selon un standard international. C’est à cette condition que le projet pourra crédiblement entrer dans les radars d’investisseurs institutionnels ou de majors cherchant à sécuriser des approvisionnements en lithium.

La campagne de forage à la tarière en préparation constitue une étape intermédiaire nécessaire, mais elle ne clôt pas la séquence : après les forages, les échantillons devront être analysés, les résultats validés, et un géologue compétent devra modéliser les ressources selon un code de reporting reconnu. Ce processus prend du temps et consomme des capitaux deux ressources que les projets juniors gèrent avec difficulté dans un environnement de marché déprimé.

L’option de 90 jours accordée à Australasian Metals pose aussi une question pratique : la société disposera-t-elle de suffisamment de données nouvelles, dans ce délai, pour décider en connaissance de cause si elle lève l’option à 75 % ? Ou la campagne à la tarière servira-t-elle surtout à préparer une phase de forage plus lourde, dont les résultats ne seront disponibles qu’après l’expiration de l’option ? La réponse déterminera la trajectoire réelle du projet dans les prochains mois.

À terme, la Côte d’Ivoire dispose d’un sous-sol dont le potentiel lithiumifère commence à être mieux documenté Atex n’est pas le seul projet actif dans le pays. Mais entre un axe minéralisé de 800 mètres et une mine en production, la distance reste considérable. La vraie épreuve de vérité pour Atex sera la publication d’une première estimation de ressources : c’est elle, plus que toute autre annonce, qui dira si le projet mérite l’attention des investisseurs à long terme.

Sources