Pour la première fois de manière simultanée, les douze États membres de la CEDEAO ont enregistré une croissance économique positive en 2024, marquant une convergence rare à l’échelle régionale. Cette performance commune dépasse le simple effet conjoncturel et mérite d’être considérée comme un signal structurel de l’évolution des économies ouest-africaines.
Le Bénin en tête d’une hiérarchie qui redistribue les cartes
Avec un taux de croissance de 7,5 % en 2024, le Bénin s’adjuge la première place régionale, son meilleur résultat depuis 1990, selon la Banque mondiale, soutenu par une double dynamique des services et de l’industrie. La référence à 1990 n’est pas fortuite : cette année-là inaugure une rupture politique décisive, celle de la Conférence nationale, dans un pays alors en pleine reconstruction après une décennie de turbulences économiques. Trente-quatre ans plus tard, le Bénin franchit un nouveau seuil.
Le Cabo Verde (7,2 %) confirme derrière lui sa dépendance structurelle au tourisme, secteur qui constitue l’ossature de l’économie de l’archipel atlantique. La Guinée (6,6 %) tire sa progression des services, de la construction et de l’énergie. Le Togo (6,3 %) et le Sénégal (6,1 %) forment avec la Côte d’Ivoire (6 %) le reste du groupe de tête. Ces données sont issues des rapports nationaux publiés en mars 2026 dans le cadre de l’édition 2025 des Perspectives économiques régionales de la CÉDÉAO (PERC), référence analytique de l’organisation en matière de surveillance macroéconomique.
Le pétrole sénégalais, premier test d’une économie en transition
Le cas sénégalais appelle un examen plus attentif. La croissance de 6,1 % en 2024, sensiblement au-dessus de la trajectoire antérieure, établie entre 4 et 5 %, s’explique en grande partie par le lancement de la production pétrolière sur le champ Sangomar en juin 2024. Le secteur secondaire a progressé de 18,7 %, tandis que le secteur primaire reculait de 3 %, deux signaux inverses qui illustrent les recompositions en cours.
Selon le rapport ITIE 2024 du Sénégal, la Direction générale des hydrocarbures comptabilise une production de 16 905 459 barils sur l’année ; Petrosen, de son côté, fait état de 14,23 millions de barils commercialisés. L’écart entre ces deux chiffres renvoie à la distinction entre production brute et volumes effectivement mis sur le marché, le chiffre de 16,9 millions de barils retenu dans les rapports PERC correspondant à la production totale du champ. Cette accélération sectorielle témoigne d’une économie en mutation, mais elle soulève aussi la question d’une dépendance croissante aux hydrocarbures, d’autant plus préoccupante que le recul agricole simultané fragilise une partie de la population rurale que les revenus pétroliers n’atteindront pas directement.
Ghana et zone intermédiaire : des reprises à ne pas surestimer
Le Ghana, avec 5,7 %, enregistre l’un des rebonds les plus significatifs au regard de la profondeur de sa crise récente. Après un épisode de surendettement sévère en 2022, le pays avait conclu en mai 2023 un accord de soutien avec le FMI portant sur trois milliards de dollars. La reprise de 2024 repose sur l’industrie, en hausse de 7,1 %, portée par la construction, les mines et l’appréciation des cours de l’or sur les marchés internationaux, ainsi que sur les services (5,9 %), avec une contribution notable des technologies de l’information et de la communication. L’agriculture, en progression de seulement 2,8 %, signale que la reprise reste concentrée et fragile. La Gambie (5,6 %) clôt ce groupe intermédiaire.
En bas de tableau, la Sierra Leone (4,4 %), le Nigéria (4,1 %), la Guinée-Bissau (4,1 %) et le Libéria (4 %) demeurent sous le seuil des 5 %. Leurs dynamiques internes diffèrent, mais un trait les rapproche : une base productive étroite qui les expose de manière élevée aux chocs extérieurs.
La Côte d’Ivoire, avec une croissance de 6 % appuyée sur des progressions équilibrées dans les trois secteurs, primaire (+2,6 %), secondaire (+5,8 %) et tertiaire (+6,7 %), confirme sa position de grande économie régionale stable. Le FMI qualifie son économie de « résiliente » et anticipe une croissance de 6,3 % en 2025.
Une dynamique régionale qui se confirme
Cette performance marque ainsi une évolution notable pour l’espace communautaire, avec une croissance positive dans l’ensemble des douze économies de la CEDEAO. Portée par des moteurs différents selon les pays, cette dynamique traduit la diversité des trajectoires économiques régionales tout en faisant émerger une tendance commune. Elle offre surtout un point de départ pour observer, dans les prochaines années, la capacité des économies ouest-africaines à maintenir ce rythme de progression.
Sources
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Rapport sur la convergence macroéconomique de la Cédéao pour 2024 : Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), 2026
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Rapport ITIE Sénégal 2024 : Comité national ITIE Sénégal, 2025
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Perspectives économiques au Bénin : Banque africaine de développement
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Benin Economic Outlook 2025 : Banque mondiale, 2025
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Rapport de convergence macroéconomique 2024 (Cédéao) : Cédéao, 2025
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Crise alimentaire en Afrique de l’Ouest et centrale : Programme alimentaire mondial (PAM)
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Situation économique et financière du Ghana : Direction générale du Trésor (France), 2025
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Rapport annuel sur l’inflation BCEAO 2024 : Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, 2025