Le Ghana a versé le 19 août 2026 un troisième coupon de 10,8 milliards de cedis (environ 977 millions de dollars) à ses créanciers obligataires dans le cadre du Programme d’échange de la dette intérieure (DDEP), portant le total des remboursements à 41,36 milliards de cedis depuis 2025. Les signaux de stabilisation sont réels, les agences de notation saluent la rigueur retrouvée, mais c’est 2027 qui dira si le redressement est durable : quelque 111 milliards de cedis d’échéances s’accumulent sur les deux prochains exercices, un mur de remboursement qui testera la solidité de chaque réforme engagée.
Un troisième coupon honoré : la discipline comme signal politique
Ce paiement n’est pas anodin dans un pays qui, fin 2022, se trouvait en situation de détresse financière avérée après une crise du cedi, une inflation galopante et un accès au marché international pratiquement nul. Le DDEP avait alors été lancé pour restructurer près de 137 milliards de cedis (10,5 milliards de dollars) de titres publics domestiques, imposant aux créanciers locaux, fonds de pension pour environ 32 %, banques commerciales pour 28 %, investisseurs individuels pour 17 %, un rééchelonnement douloureux.
Le communiqué du ministère des Finances est sans ambiguïté : « Le ministère des Finances a réitéré son engagement à honorer l’ensemble des obligations futures liées au programme, dans les mêmes conditions de régularité et d’intégralité. » Trois coupons consécutifs honorés intégralement et à date constituent, en effet, un signal de crédibilité que peu d’observateurs auraient parié voir se matérialiser aussi vite.
Le contexte macro accompagne le propos. L’inflation est retombée à 3,3 % en février 2026, proche d’un plancher de trois décennies. La Banque du Ghana a abaissé son taux directeur de 28 % à 14 % depuis juillet 2025, une amplitude de quatorze points en moins d’un an, maintenu depuis lors. Le marché obligataire domestique a rouvert en mars 2026, avec une émission à sept ans levant 2,7 milliards de cedis et largement souscrite, signe que la confiance des investisseurs locaux n’est pas entièrement évaporée.
Les agences de notation enregistrent ce mouvement. Moody’s a révisé la perspective du Ghana de stable à positive en avril 2026, maintenant la note à Caa1. Fitch a relevé la note souveraine à B avec perspective positive en mai 2026, et S&P a remonté sa notation à B- en novembre 2025. Le pays reste en territoire spéculatif profond, mais la trajectoire s’est nettement inversée par rapport aux années 2022-2023.
Un fonds de réserve en construction, mais encore insuffisant
Face à l’ampleur des échéances à venir, Accra a mis en place un mécanisme de provisionnement. Un fonds de réserve, alimenté à hauteur de 7 % des recettes fiscales non pétrolières, atteignait 15,6 milliards de cedis fin juillet 2026, avec un objectif annoncé de 30 milliards de cedis d’ici la fin de l’exercice en cours.
C’est là que les chiffres deviennent inconfortables. Les remboursements du DDEP entre 2027 et 2028 sont estimés à 111 milliards de cedis, soit 58 milliards en 2027 et 53 milliards en 2028. Même en supposant que l’objectif de 30 milliards de cedis de réserves soit atteint d’ici décembre 2026, le fonds ne couvrirait qu’un peu plus d’un quart des échéances de la seule année 2027. Le différentiel devra être comblé par des recettes budgétaires courantes, de nouvelles émissions de marché ou une combinaison des deux.
La trajectoire des recettes fiscales non pétrolières est projetée à 216,1 milliards de cedis pour 2026, soit une hausse de 18,8 % sur un an. Selon le FMI, dont la sixième revue du programme ECF a été bouclée le 27 juillet 2026, le budget 2026 cible un excédent primaire de 1,5 % du PIB, compatible avec les objectifs du programme. Nuance notable : au premier semestre, les recettes totales atteignaient 124,8 milliards de cedis contre un objectif semestriel de 126,1 milliards, soit un léger manque à gagner. Le FMI juge la trajectoire annuelle encore compatible avec le programme, mais l’écart infra-annuel mérite attention.
Le mur de 2027 : une arithmétique qui ne pardonne pas
La vraie question n’est pas de savoir si le Ghana honore ses coupons en 2026, il le fait, et c’est déjà remarquable. Elle est de savoir si la structure budgétaire permettra d’absorber un pic de remboursements représentant environ 10 milliards de dollars sur deux ans dans une économie dont le PIB n’a franchi que récemment ce même seuil symbolique.
Le Fonds monétaire international offre une lecture relativement rassurante dans son scénario de base : il considère que le Ghana a atteint un « risque modéré de surendettement » et qu’aucun indicateur de soutenabilité ne franchit ses seuils dans ce scénario. L’institution précise même que si l’excédent primaire était assoupli de 1,5 % à 0,5 % du PIB à partir de 2027, le Ghana pourrait toujours respecter son ancrage de dette à condition de maintenir ses réformes. Mais un scénario de base du FMI reste par construction optimiste sur les hypothèses de croissance et de recettes.
L’expérience de la Zambie offre ici un repère utile. Confrontée à une pente de remboursements analogue post-restructuration, Lusaka a opté pour une gestion active du passif bien en amont : échanges volontaires, rachats ciblés, allongement des maturités. En juin 2026, la Zambie a lancé une offre de rachat sur une obligation d’1,36 milliard de dollars à échéance 2053, financée par un prêt de la Banque africaine de développement, avec une participation de près de 98 % des détenteurs. L’enseignement est clair : il faut cartographier et lisser la courbe des remboursements douze à vingt-quatre mois avant l’échéance, pas quand les marchés ont déjà commencé à anticiper un risque de défaut.
Pour le Ghana, cela signifie concrètement agir avant la fin 2026. Les outils disponibles incluent des opérations de switch sur les titres à maturité 2027, des rachats financés par le fonds de réserve lorsque le contexte de taux le permet, et potentiellement des émissions à moyen terme pour refinancer les titres courts. La réouverture du marché domestique en mars 2026 fournit précisément ce canal, encore faut-il que la demande reste suffisante face au volume à lever.
Les risques que les chiffres ne disent pas
Deux variables restent difficiles à modéliser et constituent les vraies inconnues du scénario ghanéen pour 2027-2028.
La première est la stabilité du cedi. Une dépréciation significative de la monnaie alourdirait mécaniquement en termes réels le service de la dette libellée en devises, et réduirait le pouvoir d’achat des recettes domestiques. La Banque du Ghana, en abaissant son taux directeur de quatorze points, a clairement choisi de prioriser la reprise économique sur la défense du taux de change, un pari raisonnable dans le contexte actuel, mais qui suppose que l’inflation reste maîtrisée.
La seconde est la soutenabilité politique de l’ajustement. Les créanciers locaux, fonds de pension en tête, ont absorbé des pertes significatives lors du DDEP. Leur appétit pour de nouvelles émissions d’État à des rendements encore comprimés n’est pas illimité. Si la demande domestique faiblit lors des adjudications de 2027, le Trésor se retrouvera devant un choix inconfortable : hausser les rendements offerts (au risque d’alourdir la charge future) ou laisser des tombées non refinancées.
Le Sri Lanka, dans une situation comparable, a résolu une partie du problème en introduisant des obligations indexées sur la croissance et en obtenant une période de grâce sur le capital jusqu’en 2028, des instruments que le Ghana n’a pas encore mobilisés dans son arsenal.
2026, l’année où tout se joue vraiment
Le troisième coupon DDEP honoré est une bonne nouvelle et mérite d’être dit sans détour. Il atteste d’une discipline budgétaire retrouvée, d’une stabilisation macro crédible et d’une volonté politique de tenir les engagements pris. L’accompagnement du FMI, la réouverture du marché obligataire et la reconstitution progressive du fonds de réserve vont dans le bon sens.
Mais le redressement ghanéen entre désormais dans sa phase la plus délicate. Les 111 milliards de cedis d’échéances de 2027-2028 ne se paieront pas avec des communiqués : ils exigeront des recettes fiscales conformes aux projections, un marché domestique actif et une stratégie de gestion du passif mise en œuvre sans attendre. La question qui se posera aux investisseurs et aux analystes souverains dans les prochains mois n’est plus « le Ghana honore-t-il ses engagements ? », la réponse est oui pour l’instant. Elle est : « Accra se donne-t-il les moyens de franchir le mur de 2027 sans avoir à renégocier une deuxième fois ? »
Sources
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Ghana : Un décaissement de 900 millions USD versés aux créanciers dans le cadre de la restructuration de la dette : Sika Finance, 19 août 2026
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FMI – Sixième revue du programme ECF Ghana, rapport août 2026 : FMI, août 2026
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Moody’s révise les perspectives du Ghana en positives : Financial Afrik, avril 2026
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Ghana : baisse record des taux directeurs de la Banque centrale : Financial Afrik, juillet 2025
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Budget Statement and Economic Policy 2026 : Ministère des Finances du Ghana, 2026
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Zambie : l’offre de rachat enregistre 97,85 % de participation : Investing.com, juin 2026
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Coordonner des créanciers fragmentés pour restructurer la dette souveraine : le cas du Sri Lanka : Trésor français, juin 2025
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Situation économique et financière du Ghana : Direction générale du Trésor (France)
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FMI donne au Ghana la possibilité d’augmenter les dépenses de développement à partir de 2027 : Citi Newsroom, août 2026
- Subventions carburant au Ghana : le FMI met en garde Accra contre un retour en arrière budgétaire
- Lazard Sénégal : quand le recours à un cabinet signale l’urgence financière de Dakar
- Cheikh Diba face aux marchés : le Sénégal entre assurances officielles et défiance des créanciers
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