Macky Sall face au mur du Conseil de sécurité : trois votes, un verdict implacable

La rédaction

septembre 20, 2026

ONU : Macky Sall face au mur du Conseil de sécurité

Trois scrutins indicatifs, trois résultats défavorables. Le troisième straw poll tenu le 18 septembre au Conseil de sécurité des Nations unies confirme ce que les deux précédents avaient esquissé : la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU se heurte à un plafond qu’il ne parvient pas à franchir. Avec cinq voix d’« encouragement » contre neuf de « découragement », le bilan est sans ambiguïté — même si la course reste formellement ouverte.

Un troisième vote qui ressemble à une sentence

Les chiffres du troisième straw poll, rapportés de façon cohérente par plusieurs médias et par la plateforme de suivi 1 for 8 Billion, ne laissent guère de place à l’interprétation optimiste. Sur les quinze membres du Conseil de sécurité, Macky Sall recueille cinq voix favorables, neuf défavorables et une abstention. C’est le score le plus faible parmi les cinq candidats qui avaient encore un profil compétitif après le deuxième vote.

Pour mémoire, le seuil décisif est de neuf voix favorables sans veto d’aucun des cinq membres permanents pour qu’une recommandation formelle puisse être transmise à l’Assemblée générale. Macky Sall en est à quatre voix de ce minimum. Et neuf membres sur quinze lui signifient explicitement qu’ils ne souhaitent pas le voir progresser.

Le tableau de ce troisième scrutin révèle par contraste la dynamique favorable qui s’est dégagée en faveur d’autres candidatures. La Costa-Ricaine Rebeca Grynspan reçoit neuf voix d’encouragement pour cinq de découragement, se plaçant ainsi au seuil théoriquement requis. La Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett obtient huit voix favorables contre six défavorables. Les deux Latinos-Américaines occupent les deux premières places, confirmant une tendance lourde qui s’est affirmée dès le premier scrutin. Derrière elles, l’Ougandais Olara Otunnu et l’Argentin Rafael Grossi enregistrent chacun cinq voix d’encouragement, mais avec respectivement sept et huit voix de découragement soit une position légèrement meilleure que celle de Macky Sall.

Pourquoi la candidature de Sall patine

L’analyse des causes du recul de l’ancien chef d’État sénégalais renvoie à plusieurs facteurs qui se sont cumulés au fil des mois. Carlos Lopes, ancien haut responsable onusien, avait résumé la situation dès le mois d’août dans un entretien accordé à RFI : Macky Sall est « celui qui est en plus grande difficulté », et le soutien officiel de Dakar, annoncé tardivement par le président Bassirou Diomaye Faye, n’a pas suffi à effacer les divisions internes au Sénégal ni les fractures sous-régionales autour de la candidature.

Cette lecture est confirmée par le politologue Abdourahmane Ba, qui décrit une dynamique de polarisation progressive : au fil des votes indicatifs, les encouragements stagnent, les découragements augmentent et le nombre d’indécis se réduit ce qui indique que Macky Sall ne parvient pas à convertir les membres hésitants à sa cause. À chaque tour, les positions se cristallisent contre lui.

La question du soutien africain mérite d’être posée avec précision. Contrairement à ce que l’image d’une « candidature africaine » pourrait suggérer, l’Union africaine n’a pas adopté de position collective en faveur de Macky Sall. La Commission de l’UA a constaté, lors de sa session de mars, que le projet de décision d’endossement n’avait pas été adopté, en raison de l’opposition de plusieurs États membres. Le Burundi avait formellement présenté la candidature, et le Sénégal l’a officiellement soutenue en juillet mais aucune position commune africaine n’a jamais émergé.

Cette absence d’unité continentale n’est pas sans précédent. En 1996, le veto américain contre Boutros Boutros-Ghali avait déjà révélé les limites de la solidarité africaine au Conseil de sécurité : face au blocage américain, le continent avait finalement dû arbitrer entre maintenir un candidat inacceptable pour Washington ou se rallier à une figure de compromis, Kofi Annan, qui était africaine mais jugée plus acceptable par les grandes puissances. La leçon de 1996 qu’une candidature africaine ne suffit pas à elle seule à rallier les membres permanents semble n’avoir pas été pleinement intégrée dans la stratégie déployée autour de Macky Sall.

La mécanique des straw polls et ses zones d’ombre

Comprendre pourquoi Macky Sall est dans cette position suppose de rappeler brièvement comment fonctionne ce processus. Les straw polls sont des scrutins secrets, non contraignants, organisés au sein du Conseil de sécurité pour orienter la sélection avant toute recommandation formelle. Chaque membre reçoit un bulletin par candidat et choisit entre « encourage », « discourage » ou « no opinion ». Les bulletins sont détruits, aucun procès-verbal officiel n’est conservé. À un stade ultérieur du processus, des bulletins de couleur distincte permettent cependant d’identifier si un « discourage » provient d’un membre permanent signal précurseur d’un veto potentiel.

Cette architecture procédurale a un effet direct sur la lisibilité des résultats. Lorsque neuf membres découragent une candidature, cela peut provenir d’un mélange de membres permanents et non permanents, sans que le public ni même les autres candidats sache précisément qui. Les positions des cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni) restent, selon la pratique habituelle, confidentielles dans les premières phases. Aucune déclaration publique n’a documenté la position précise de chacun d’eux sur la candidature Sall.

Ce brouillard diplomatique n’empêche pas de tirer une conclusion opérationnelle : si neuf membres découragent une candidature, la probabilité qu’au moins un membre permanent figure parmi eux est statistiquement élevée et un seul veto suffit à invalider toute recommandation.

Une course encore ouverte, mais les marges se réduisent

Aucun candidat n’est formellement éliminé à ce stade. La course reste officiellement ouverte, et d’autres straw polls peuvent encore être organisés avant qu’un consensus ne se dégage au Conseil. Rebeca Grynspan, qui atteint précisément le seuil des neuf voix lors de ce troisième scrutin, est dans la position la plus favorable mais neuf voix de justesse n’est pas une position confortable, et il suffit qu’un membre bascule pour que le résultat se retourne.

Pour Macky Sall, la question n’est plus seulement arithmétique. Elle est politique : peut-il engager, dans l’intervalle qui reste, les capitales qui lui sont défavorables et les faire changer de position ? L’expérience des trois premiers votes suggère que le mouvement va plutôt en sens inverse. Comme le relève La Nouvelle Tribune, le soutien de Diomaye Faye n’a pas suffi, et les ressources diplomatiques disponibles semblent proches de leur plafond.

L’autre dimension est symbolique. Dans l’histoire récente du secrétariat général, deux Africains ont tenu ce poste : l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali (1992-1996) et le Ghanéen Kofi Annan (1997-2006). Dans les deux cas, la candidature africaine avait su, au moment décisif, réunir suffisamment de soutiens parmi les membres permanents. Olara Otunnu, l’autre candidat africain encore en lice, n’est pas mieux placé que Sall avec seulement cinq voix d’encouragement pour sept de découragement.

La question de fond celle que les diplomates africains devront se poser si ces résultats perdurent est de savoir si le moment est venu de consolider les soutiens derrière un candidat unique capable de dépasser les clivages géographiques habituels, ou si la dispersion des voix africaines entre plusieurs prétendants hypothèque durablement les chances du continent. En 1996, c’est une telle rationalisation qui avait permis de conserver le poste à l’Afrique. La fenêtre pour en tirer les conséquences pratiques se referme à chaque nouveau vote.


Sources