L’homme de loi, qui défendait plusieurs militaires poursuivis par les autorités de transition et avait contesté en justice la dissolution des partis politiques, a été emmené samedi soir par des individus cagoulés.
(Source : AFP)
L’avocat malien Mountaga Tall, devenu l’une des voix dissidentes les plus en vue face à la junte au pouvoir à Bamako, a été « enlevé » dans la soirée du samedi 2 mai par des hommes encagoulés, selon une annonce faite dimanche par sa famille à l’AFP.
« Deux hommes cagoulés sont venus l’enlever. Ils sont partis avec lui. Nous avons porté plainte pour enlèvement », a confié à l’agence un proche du juriste, témoin direct de la scène. Selon un autre membre de la famille, l’épouse de l’avocat, qui tentait de filmer ou photographier l’opération, a été molestée par les ravisseurs, qui se sont également emparés de son téléphone.
D’allié de la transition à figure de l’opposition
Mountaga Tall n’est pas un inconnu de la scène politique malienne. Ancien membre du Mouvement du 5 juin (M5), il avait participé à la mobilisation populaire qui avait précipité la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. D’abord rangé aux côtés des militaires installés au pouvoir à la faveur de cette crise, il s’en est progressivement éloigné pour devenir un contempteur déclaré du régime de transition.
Son arrestation intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le parquet militaire a annoncé vendredi l’ouverture d’une enquête à la suite des attaques du 25 avril, attribuées à une coalition de combattants jihadistes et de rebelles touareg. Ces frappes coordonnées ont visé plusieurs sites stratégiques à Bamako et à Kati, faisant au moins 23 morts, parmi lesquels le ministre de la Défense Sadio Camara.
Une enquête qui élargit le cercle des suspects
D’après le parquet, les premiers éléments recueillis font état d’« indices sérieux » pointant vers la « complicité » de certains militaires, soupçonnés d’avoir pris part à « la planification, la coordination et l’exécution » des attaques. L’enquête évoque également l’implication possible de personnalités politiques, au premier rang desquelles Oumar Mariko, ancien député et ex-candidat à la présidentielle, aujourd’hui en exil.
Un avocat au cœur des dossiers sensibles
Me Tall assurait la défense de plusieurs officiers interpellés ces derniers mois par les autorités de transition pour « tentative de déstabilisation des institutions ». Il avait également représenté l’ancien Premier ministre Moussa Mara, et s’était illustré en multipliant les recours devant diverses juridictions pour tenter d’obtenir l’annulation du décret portant dissolution des partis politiques décidée par la junte.