La moitié du cacao exporté par la Côte d’Ivoire reste introuvable dans la chaîne d’approvisionnement, selon une étude publiée mardi par l’ONG Trase. À sept mois de l’application du règlement européen sur la déforestation, Abidjan risque de voir l’accès à son premier marché — l’Union européenne absorbe 66 % de ses fèves — sérieusement compromis.
Moins de la moitié du cacao ivoirien exporté en 2024 peut être tracé jusqu’à la coopérative qui l’a produit, selon une analyse publiée mardi par l’ONG britannique Trase et reprise par Reuters. Un chiffre qui interroge sur la capacité du premier producteur mondial à se conformer au règlement européen sur la déforestation (RDUE), dont l’entrée en application est prévue en décembre.
Le texte imposera aux importateurs européens de matières premières — cacao, café, soja, huile de palme, bois, bétail, caoutchouc — de démontrer que leurs produits ne proviennent pas de terres déforestées, notamment en remontant la chaîne d’approvisionnement jusqu’à la parcelle de culture.
Selon Trase, seuls 48 % des fèves ivoiriennes exportées l’an dernier sont rattachables à une coopérative identifiée. Le reste transite par des circuits dits « indirects », comportant plusieurs intermédiaires qui brouillent la traçabilité. Le chiffre n’a quasiment pas évolué depuis la précédente étude de l’ONG, il y a deux ans.
Cette opacité, souligne Trase, complique la lutte contre la déforestation mais aussi contre le travail des enfants. Le régulateur ivoirien du cacao n’a pas immédiatement réagi. Abidjan a fait le choix d’un système numérisé d’achat et de vente pour répondre aux exigences européennes.
Une forêt en grande partie déjà disparue
Le RDUE a été présenté à Bruxelles comme une avancée majeure dans la lutte climatique, mais la Commission, qui en a déjà reporté l’application à deux reprises, subit la pression de plusieurs partenaires commerciaux — Brésil, Indonésie, et surtout États-Unis — qui jugent le dispositif lourd et coûteux. Dans le cadre de son accord commercial avec l’administration Trump, l’UE s’est engagée à prendre en compte les réserves américaines.
La Côte d’Ivoire fournit un peu plus du tiers du cacao mondial, et l’Union européenne en absorbe 66 %.
Entre 2000 et 2024, 79 % du couvert forestier ivoirien a été perdu ou dégradé, selon Trase, l’expansion cacaoyère expliquant près de la moitié de cette destruction sur une grande partie de la période. L’ONG nuance toutefois : si le rythme de la déforestation a ralenti sur la dernière décennie, c’est aussi parce qu’il ne reste plus grand-chose à abattre.
La déforestation demeure la deuxième cause du réchauffement climatique, après la combustion des énergies fossiles.