Conseil de sécurité : l’Afrique relance la bataille à Nairobi

La rédaction

mai 15, 2026

En marge du sommet Afrique-France de Nairobi, le président de la Commission de l’Union africaine a réclamé deux sièges permanents pour le continent au Conseil de sécurité des Nations unies. Une revendication formulée dès 2005, mais qui se heurte toujours à l’inertie multilatérale — et à la rivalité entre poids lourds africains.

Le président de la Commission de l’Union africaine, le Djiboutien Mahamoud Ali Youssouf, a remis sur la table à Nairobi la revendication d’un siège permanent africain au Conseil de sécurité des Nations unies. En marge du sommet Afrique-France, il a réclamé au minimum deux sièges permanents pour le continent, présentant la démarche non comme une faveur mais comme la correction d’une injustice historique.

D’après Jeune Afrique, l’occasion était trop belle pour ne pas être saisie. Emmanuel Macron venait de qualifier de « faute morale et politique » le fait de prétendre régler les crises mondiales en se passant de l’Afrique. Le responsable djiboutien, qui présidait une réunion ministérielle consacrée à la réforme de l’organe exécutif onusien, s’est engouffré dans la brèche, fort d’une position africaine commune — chose rare.

Une revendication qui date de 2005

L’idée n’a rien de neuf. Elle figure dans le consensus d’Ezulwini et la déclaration de Syrte, tous deux adoptés en 2005. Le projet africain prévoit deux sièges permanents — avec droit de veto — complétés par cinq sièges non permanents dans un Conseil de sécurité élargi. Pour ses promoteurs, l’organe reflète encore l’ordre géopolitique de 1945, sa composition actuelle datant de 1965. Le poids démographique, économique et politique du continent justifierait à lui seul cette remise à niveau.

Mahamoud Ali Youssouf assure que la communauté internationale serait désormais mûre pour ce « modèle africain », et met en avant le soutien affiché par Paris.

Cinq permanents, dix tournants — et trois Africains aujourd’hui

Le Conseil de sécurité compte aujourd’hui cinq membres permanents dotés du droit de veto — États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine — et dix membres non permanents élus pour deux ans. Le Liberia, la République démocratique du Congo et la Somalie y siègent actuellement.

Deux obstacles : l’efficacité et la rivalité entre Africains

Les détracteurs de la réforme avancent deux arguments. Le premier : élargir le cercle des permanents compliquerait encore la recherche de consensus dans une instance déjà paralysée par les vétos. Le second, plus délicat pour l’UA, tient à la sélection même des futurs élus africains. La compétition s’annonce rude entre les poids lourds régulièrement cités — Afrique du Sud, Nigeria, Kenya, Éthiopie, Algérie, Égypte — au risque, prévient-on à Addis-Abeba, d’une rivalité « africide ».

Une option permettrait de contourner l’écueil : faire siéger non pas un État mais l’Union africaine elle-même, sur le modèle de son adhésion au G20 obtenue en 2023.