Quatrième investisseur étranger sur le continent, les Émirats arabes unis multiplient les prises de participation dans les secteurs extractifs africains — or en RDC, cuivre en Zambie, diamant au Botswana. Cette offensive répond à une logique de diversification post-pétrolière d’Abou Dhabi, qui exploite les hésitations des capitaux occidentaux pour s’installer durablement dans la chaîne d’approvisionnement des métaux de la transition énergétique.
Une présence qui s’étend du cuivre congolais aux diamants botswanais
Les exemples s’accumulent à un rythme soutenu. En mars 2024, International Resources Holding (IRH), filiale de l’émirati International Holding Company, a finalisé l’acquisition de 51 % de Mopani Copper Mines en Zambie. La mine traînait une dette de 1,5 milliard de dollars envers Glencore ; IRH s’est engagé à injecter 300 millions de dollars sur trois ans pour doubler la production, l’État zambien conservant 49 % du capital.
En République démocratique du Congo, le groupe émirati Primera a conclu un accord en décembre 2022 avec les autorités pour structurer les exportations d’or artisanal. L’effet a été spectaculaire sur les statistiques officielles : les exportations sont passées de 42,25 kg en 2022 à plus de 5 tonnes en 2023, soit une hausse de plus de 12 000 % selon l’Agence Ecofin. Un contrat distinct, portant sur 1,9 milliard de dollars entre les Émirats et la société publique Sakima pour les minerais 3T (étain, tantale, tungstène), a été signé en 2023, sans que ses détails aient été rendus publics.
Au Botswana, le président Duma Boko négocie avec Abou Dhabi l’acquisition d’une part des 85 % qu’Anglo American met en vente dans De Beers. L’enjeu est considérable : les diamants représentent environ 80 % des exportations botswanaises et près d’un quart du PIB du pays, alors même que la note souveraine du Botswana a été dégradée par S&P Global en 2026, sous l’effet conjugué de la chute des cours, du ralentissement de la demande chinoise et de la concurrence des pierres de synthèse. Dubaï étant le premier hub mondial du négoce du diamant, l’intérêt émirati pour cet actif dépasse la seule logique financière.
Des capitaux bienvenus, mais des opacités persistantes
L’activisme émirati s’inscrit dans une rivalité structurelle pour l’accès aux métaux critiques. La Chine, l’Union européenne et les États-Unis occupent respectivement les trois premières places parmi les investisseurs étrangers en Afrique ; les Émirats arrivent en quatrième position, et leur montée en puissance est rapide. Là où les financeurs occidentaux se montrent plus exigeants sur les critères ESG ou plus lents à mobiliser les capitaux, Abou Dhabi propose des engagements fermes et rapides.
Mais la revers du décor est documenté. Selon SWISSAID (2024), jusqu’à 435 tonnes d’or africain ont été sorties illégalement du continent en 2022, la grande majorité transitant par les Émirats. Sur la décennie précédente, le pays aurait absorbé plus de 2 500 tonnes d’or de contrebande, pour une valeur dépassant 115 milliards de dollars. Ces chiffres posent directement la question de la traçabilité des flux et de la capacité des États africains à valoriser correctement leurs ressources dans les accords conclus avec des partenaires émiratis.
La hausse des exportations officielles congolaises d’or peut ainsi être lue de deux façons contradictoires : formalisation bienvenue de flux jusqu’alors souterrains, ou simple déplacement comptable d’une économie de rente dont les bénéfices restent à quantifier pour l’État congolais.
Comme le résume Emiliano Tossou dans l’Agence Ecofin : « La question n’est donc pas tant de savoir s’il faut accueillir ces capitaux, mais à quelles conditions. » C’est précisément sur ce point — transparence des contrats, mécanismes de contrôle, partage de la rente — que se jouera la réelle valeur ajoutée du pivot émirati pour les économies africaines.