Les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) ont tué au moins 31 civils entre le 22 et le 27 juillet dans le territoire de Mambasa, province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo. Ces attaques rappellent la nature profondément enracinée de ce groupe armé affilié à l’État islamique, dont la dangerosité reste systématiquement sous-estimée.
Un bilan lourd confirmé par la société civile
C’est Jospin Paluku, président de la société civile du territoire de Mambasa, qui a transmis le bilan à l’AFP : « Le bilan de ces attaques est de 31 civils tués entre le mercredi 22 juillet et ce lundi 27 juillet. » Des sources sécuritaires locales ont corroboré ces informations. En cinq jours, plusieurs localités du territoire de Mambasa ont ainsi été frappées, confirmant la capacité opérationnelle intacte des ADF dans cette zone forestière difficile d’accès de l’Ituri.
Ce territoire, enclavé entre la province du Nord-Kivu et la forêt de l’Ituri, est depuis plusieurs années l’un des corridors privilégiés des ADF pour mener des incursions meurtrières contre les populations civiles. La répétition de ces offensives n’est pas le signe d’un groupe en déroute, mais au contraire d’une organisation capable de maintenir un rythme opérationnel soutenu malgré les pressions militaires.
Une affiliation à l’État islamique aux implications sous-estimées
Fondées dans les années 1990 en Ouganda avant de se replier dans l’est du Congo, les ADF ont été officiellement revendiquées par l’État islamique comme sa « province d’Afrique centrale » (ISCAP) à partir de 2019. Cette affiliation a transformé la lecture qu’il convient de faire du groupe : il ne s’agit plus seulement d’une rébellion ougandaise résiduelle, mais d’un nœud jihadiste transnational intégré à un réseau de financement, de propagande et de recrutement global.
Les conséquences de cette intégration sont concrètes. Les ADF ont bénéficié d’une exposition médiatique accrue via les canaux de propagande de Daech, ce qui facilite le recrutement au-delà des frontières congolaises et ougandaises. Le groupe a également adapté ses modes opératoires — attaques à l’arme blanche contre des civils, incendies de villages, enlèvements — à une logique de terreur systématique caractéristique des franchises de l’État islamique.
Pourtant, la dimension jihadiste des ADF continue d’être traitée comme une variable secondaire dans les analyses régionales, éclipsée par la complexité de la mosaïque des groupes armés congolais et par l’attention portée à d’autres crises, notamment celle du M23 dans le Nord-Kivu. Cette hiérarchisation des menaces comporte un risque réel : laisser les ADF consolider leur emprise territoriale et idéologique dans un espace où l’État est quasi absent.
Un défi sécuritaire qui dépasse les frontières congolaises
L’Ituri et le Nord-Kivu ne sont pas seulement des théâtres de violence locale. Ils constituent un espace de projection pour un groupe dont les ambitions, relayées par l’appareil de communication de l’État islamique, s’étendent à l’ensemble de la région des Grands Lacs. L’Ouganda, qui a subi plusieurs attentats attribués aux ADF sur son sol, dont les attaques de Kampala en 2021, mesure mieux que d’autres cette dimension transnationale.
Pour les décideurs sécuritaires de la région, le massacre de Mambasa ne devrait pas être traité comme un énième épisode d’une violence chronique banalisée. Il illustre la persistance d’une organisation jihadiste structurée, capable d’agir dans la durée, et dont l’affiliation à l’État islamique n’est pas un label symbolique mais un levier opérationnel réel.