Après plus d’un an et trois mois de blocus imposé par le JNIM, la ville de Diafarabé, dans le cercle de Ténenkou (région de Mopti), a reçu le 27 juillet 2026 une première livraison de vivres acheminée par une trentaine de pirogues. Ce soulagement reste précaire : les quantités sont insuffisantes, des morts sont signalés quotidiennement, et la menace d’une nouvelle pénurie est immédiate.
Un convoi organisé par les habitants, sécurisé par l’armée
Le convoi est parti de Macina, localité en amont sur le fleuve Niger. Il n’a pas été organisé par les autorités maliennes mais par les habitants eux-mêmes, qui ont coordonné l’acheminement des marchandises par voie fluviale — la route terrestre étant coupée par le contrôle jihadiste. L’armée malienne a assuré la protection du convoi.
L’opération n’a pas été sans pertes. Comme le rapporte RFI, un habitant joint sous couvert d’anonymat décrit les conditions du trajet : « À cause du vent, certaines pirogues chargées de marchandises ont coulé, elles sont sous l’eau à Macina. Environ une trentaine de pirogues sont rentrées à Diafarabé. Avant cela, il n’y avait plus rien dans la ville. Tout était fini. »
Le soulagement est réel mais mesuré. Le même témoin précise : « Dieu merci, l’arrivée des vivres a soulagé la population. C’était la misère à Diafarabé. Mais les quantités sont insuffisantes pour la population. »
Le blocus comme tactique d’étranglement systémique
Le cas de Diafarabé illustre une stratégie documentée du JNIM dans le centre du Mali : le contrôle des axes routiers et des accès aux marchés pour affamer les localités qui refusent de se soumettre ou qui maintiennent une présence des Forces armées maliennes (FAMa). Cette tactique, appliquée dans la région de Mopti depuis plusieurs années, vise à rendre le coût humain de la résistance insupportable pour les populations civiles, sans engagement militaire frontal.
À Diafarabé, le blocus dure depuis un an et trois mois au moment des faits. Ses effets sont létaux : selon l’habitant cité par RFI, « chaque jour, il y a des morts à cause des manques ». Le nombre exact de victimes n’est pas établi, aucun bilan officiel n’étant disponible depuis l’intérieur de la ville. L’isolement lui-même rend la documentation difficile, ce qui contribue à maintenir la situation hors du radar médiatique international.
L’appel lancé par ce même habitant résume l’impasse dans laquelle se trouve la population : « Nous souhaitons que le gouvernement pense à nous, de temps en temps, parce que la ville de Diafarabé est sous blocus des jihadistes depuis un an et trois mois maintenant. Chaque jour, il y a des morts à cause des manques. Il faut que le gouvernement nous vienne en aide. »
Une réponse étatique structurellement insuffisante
Le fait que le convoi du 27 juillet ait été monté par les habitants eux-mêmes, et non par les autorités de transition, révèle les limites de la réponse étatique. Si l’armée malienne a bien escorté le convoi fluvial, son rôle s’est borné à la sécurisation ponctuelle d’une initiative civile. Aucun dispositif d’approvisionnement régulier ni aucun couloir humanitaire formel n’est mentionné dans les sources disponibles.
Cette lacune n’est pas propre à Diafarabé. Dans le centre du Mali, plusieurs localités du cercle de Ténenkou et des zones voisines de la région de Mopti font l’objet de pressions comparables de la part du JNIM, qui a étendu son influence dans le Delta intérieur du Niger depuis 2019-2020. L’affaiblissement progressif des anciens mécanismes de médiation communautaire — notamment ceux impliquant les chefferies peules — a laissé ces populations sans recours face à l’étranglement économique.
Un convoi de trente pirogues constitue un répit, non une solution : tant que le JNIM conserve le contrôle des axes terrestres autour de Diafarabé, la survie de la ville dépendra de la capacité de ses habitants à répéter, au gré des conditions météorologiques et des fenêtres sécuritaires, des opérations aussi risquées que celle du 27 juillet.
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