Acquis début 2024 sans une seule ressource minérale déclarée, le projet Afema compte désormais 4,65 millions d’onces réparties sur sept gisements. Turaco Gold vise une mise en production en 2029 et prépare une nouvelle mise à jour des ressources pour le quatrième trimestre 2026. La trajectoire est rapide peut-être trop pour que certaines questions restent sans réponse.
D’un actif vierge à 4,65 millions d’onces : la mécanique d’une montée en puissance
En avril 2024, l’australien Turaco Gold a acquis une participation majoritaire dans le projet Afema, situé à environ 120 kilomètres à l’est d’Abidjan, auprès d’Endeavour Mining pour 1,5 million de dollars en numéraire, 46,5 millions d’actions Turaco et un paiement différé de 650 000 dollars à régler dans les douze mois. À l’époque, l’actif ne disposait d’aucune ressource minérale au sens des standards internationaux. La transaction illustre la logique de recentrage d’Endeavour sur ses mines en production : entre 2022 et 2024, le groupe a cédé plusieurs actifs jugés non essentiels, dont les mines burkinabè Karma (25 millions de dollars en 2022) et le duo Wahgnion-Boungou (plus de 300 millions de dollars en 2023).
Deux ans plus tard, le bilan de Turaco Gold sur Afema est substantiel. Sept gisements ont été délimités et totalise 4,65 millions d’onces de ressources minérales. L’étude de préfaisabilité publiée en juin 2026 projette une production annuelle d’environ 200 000 onces d’or sur dix ans, ce qui placerait Afema dans la catégorie des mines de taille intermédiaire significative pour l’Afrique de l’Ouest. La date de mise en production visée est 2029.
Cette progression n’est pas anodine dans le contexte ivoirien. La Côte d’Ivoire a produit 59,1 tonnes d’or en 2024, contre 51,3 tonnes en 2023, selon les données officielles du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. L’objectif gouvernemental affiché est d’atteindre 100 tonnes annuelles d’ici 2030. Un projet comme Afema, capable de produire l’équivalent de six à sept tonnes par an, s’inscrit directement dans cette arithmétique.
Ressources et réserves : l’écart qui compte
L’enthousiasme doit cependant être tempéré par une distinction technique fondamentale : celle entre ressources minérales et réserves minières. Les 4,65 millions d’onces constituent une estimation des ressources, c’est-à-dire une quantité d’or géologiquement plausible mais dont l’extraction n’a pas encore été validée sur le plan économique, technique et environnemental au niveau requis pour une décision d’investissement finale.
Seuls quatre des sept gisements ont franchi cette étape : leurs ressources ont été converties en réserves, pour un total de 1,91 million d’onces soit 41 % des ressources totales déclarées. C’est ce chiffre de 1,91 million d’onces qui constitue la base réelle sur laquelle repose le plan minier actuel, incluant la production projetée de 200 000 onces par an pendant dix ans.
L’écart entre les deux grandeurs n’est pas une anomalie : il reflète le stade de développement normal d’un projet qui n’a pas encore achevé son étude de faisabilité définitive. En Afrique de l’Ouest, le passage des ressources aux réserves prend généralement entre six mois et un an lorsqu’une étude avancée est disponible, mais peut s’étirer sur plusieurs années selon la complexité géologique, le financement et les conditions de marché. Pour les trois gisements non convertis, ainsi que pour le prospect Niamienlessa en cours d’évaluation, l’incertitude demeure entière.
Le corridor Niamienlessa-Affienou concentre une partie des espoirs de Turaco Gold pour la prochaine mise à jour des ressources, attendue au quatrième trimestre 2026. Si les travaux d’exploration en cours aboutissent à une première estimation, le projet pourrait compter un huitième gisement. Turaco Gold étudie également l’intégration du gisement Begnopan à la base de réserves existante, ce qui renforcerait le plan d’exploitation.
Le défi du financement : de la préfaisabilité à la décision finale
L’étude de préfaisabilité de juin 2026 est une étape importante, mais elle n’est pas la dernière. Pour atteindre la décision finale d’investissement et commencer la construction d’une mine, Turaco Gold devra financer et achever une étude de faisabilité définitive un document plus coûteux et plus exigeant, qui conditionne l’accès au financement bancaire du projet.
Pour une société minière junior australienne comme Turaco Gold, ce parcours passe typiquement par plusieurs sources complémentaires. Les augmentations de capital par placement d’actions constituent la ressource la plus immédiatement accessible, mais génèrent une dilution des actionnaires existants. Une fois la faisabilité définitive achevée et les paramètres économiques solidement établis, l’accès à une dette de projet commerciale devient envisageable c’est précisément la fonction de rendre le projet « bancable » que remplit l’étude de faisabilité. Des mécanismes hybrides comme les gold streams ou les redevances peuvent également être mobilisés pour réduire la pression sur les capitaux propres.
À ce stade, Turaco Gold n’a pas encore communiqué sur la structure de financement retenue pour la construction d’Afema. Le coût d’investissement (capex) d’une mine produisant 200 000 onces par an en Afrique de l’Ouest peut aisément atteindre plusieurs centaines de millions de dollars, selon la configuration des infrastructures et les conditions locales. Ce paramètre central n’est pas encore définitivement arrêté : l’étude de préfaisabilité donne une première approximation, mais c’est la faisabilité définitive qui fixera le chiffre opposable aux financeurs.
Afema dans l’écosystème minier ivoirien
La dynamique d’Afema s’insère dans un secteur minier ivoirien en pleine expansion, mais aussi en cours de structuration institutionnelle. Le plan stratégique minier 2024-2030 prévoit de porter la production aurifère à 100 tonnes par an et implique des investissements globaux considérables dans les mines et l’énergie. Afema figure parmi les projets susceptibles de contribuer à cet objectif.
Sur le plan réglementaire, le projet dispose d’un permis d’exploitation et d’une convention minière. La politique minière ivoirienne met en avant deux axes de gouvernance : le fonds de développement local minier, alimenté par les opérateurs et destiné aux communautés riveraines il atteignait 7,11 milliards de francs CFA en 2022 , et l’élaboration d’un avant-projet de loi sur le contenu local dans le secteur, confirmant que la question de l’ancrage ivoirien de la chaîne de valeur minière est traitée comme un chantier de politique publique à part entière.
Pour Turaco Gold, la prochaine séquence est claire : publier la mise à jour des ressources au quatrième trimestre 2026, intégrer Begnopan et potentiellement Niamienlessa à la base de réserves, puis achever l’étude de faisabilité définitive qui déterminera si le projet Afema peut effectivement prétendre à une mise en production en 2029. Le calendrier est serré et les jalons techniques nombreux. L’or, lui, est là à 4,65 millions d’onces de ressources déclarées, la question n’est plus de savoir s’il existe, mais à quel prix et dans quelles conditions il peut être extrait de manière rentable et durable.
La véritable inflexion du dossier Afema viendra lorsque Turaco Gold soumettra une étude de faisabilité définitive et annoncera une structure de financement de la construction. C’est à ce moment-là, et seulement à ce moment-là, que le projet basculera du domaine de la promesse géologique à celui de la décision industrielle.
Sources
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Production d’or de la Côte d’Ivoire — données officielles — Portail Économie Ivoirienne / DGMG, 2024
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Acquisition du projet Afema par Turaco Gold — Agence Ecofin, avril 2024
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Côte d’Ivoire : 5 projets bien placés pour l’objectif 100 tonnes d’or d’ici 2030 — Agence Ecofin, 2025
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Cession des mines Wahgnion et Boungou par Endeavour Mining — Agence Ecofin, 2023
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Politique minière de la Côte d’Ivoire — Ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, 2024
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PFS confirms compelling economics of Turaco’s Côte d’Ivoire project — Mining Weekly, juin 2026
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Page projet Afema — Turaco Gold, 2026
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Code JORC 2012 — Joint Ore Reserves Committee, 2012