Ghana 2027 : le référendum constitutionnel de Mahama entre ambition réformatrice et risques politiques

La rédaction

juillet 31, 2026

Le Ghana s’apprête à rouvrir un chantier constitutionnel inédit depuis 1992. En approuvant en principe deux réformes majeures — l’allongement du mandat présidentiel de quatre à cinq ans et l’abaissement de l’âge minimum d’éligibilité à la présidence de 40 à 35 ans —, le gouvernement de John Dramani Mahama engage une procédure dont l’issue reste très incertaine. Avant qu’un référendum national puisse trancher en 2027, plusieurs obstacles procéduraux et politiques devront être franchis.

Un comité, un rapport, et une approbation de principe

Tout commence avec la mise en place, au début de l’année 2025, d’un comité de révision constitutionnelle de huit membres, présidé par le professeur Henry Kwasi Prempeh. Le groupe comprenait notamment l’ancienne présidente de la Commission électorale Charlotte Osei, le professeur Kwame Karikari et la juge Sophia Adinyirah. Selon la présidence ghanéenne, son mandat consistait à identifier les lacunes des tentatives de révision antérieures, à mener de larges consultations citoyennes, puis à formuler des recommandations concrètes pour renforcer la gouvernance démocratique.

Le comité a remis son rapport final le 22 décembre 2025 au président Mahama à Accra. Parmi ses recommandations figuraient notamment la séparation de l’exécutif et du législatif — les ministres ghanéens siègent actuellement simultanément au Parlement —, la réforme du mode de nomination des juges de la Cour suprême et de la direction de la Commission électorale, ainsi que l’élection directe des responsables des collectivités locales. Le gouvernement a depuis approuvé en principe deux des propositions les plus symboliques : le passage à un mandat présidentiel de cinq ans et l’abaissement à 35 ans de l’âge minimal pour se porter candidat à la magistrature suprême.

Le Ghana, exception à quatre ans dans la CEDEAO

La première réforme entend corriger ce qui est perçu comme une anomalie régionale. Au sein de la CEDEAO, le Ghana ne partage le mandat de quatre ans qu’avec le Nigeria — tous les autres États membres pratiquent des mandats de cinq ans, voire de six ans pour le Liberia. L’argument avancé par les partisans de la réforme est pragmatique : un mandat plus long permettrait aux gouvernements élus de disposer d’une fenêtre opérationnelle suffisante pour mettre en œuvre leurs programmes sans se retrouver immédiatement en campagne.

L’argument n’est pas sans logique technocratique, mais il suppose de traverser un détroit politique particulièrement délicat. Dans le contexte ouest-africain, toute modification de la durée du mandat présidentiel est scrutée à l’aune d’un précédent lourd : celui des dirigeants qui ont utilisé les révisions constitutionnelles pour se maintenir au pouvoir. En Guinée, le référendum de mars 2020 approuvant une nouvelle Constitution a permis à Alpha Condé de faire repartir le compteur de ses mandats à zéro, avant que la contestation populaire n’ouvre la voie au coup d’État de 2021. En Côte d’Ivoire, la même année, l’interprétation du texte constitutionnel comme remettant les compteurs à zéro a alimenté des violences postélectorales. Ces précédents pèsent sur la lecture que font les acteurs politiques et les sociétés civiles de toute réforme touchant à la durée ou au nombre des mandats.

La situation ghanéenne présente néanmoins des différences structurelles importantes. Mahama, qui a déjà effectué un premier mandat complet (2012-2017) et vient de remporter l’élection de décembre 2024, ne peut de toute façon pas briguer un troisième mandat, la Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. La réforme ne profiterait donc pas directement à l’initiateur de la procédure — ce qui lui retire une partie de son caractère suspect, sans l’exonérer totalement du soupçon politique.

La procédure constitutionnelle ghanéenne : un verrou à double tour

Le cadre procédural est particulièrement exigeant. La Constitution de 1992, qui régit la IVe République, distingue deux catégories d’amendements. Les dispositions ordinaires peuvent être modifiées par une majorité qualifiée du Parlement. Mais les « entrenched provisions » — les clauses les plus fondamentales, dont font partie les dispositions relatives au mandat présidentiel — requièrent obligatoirement un référendum national, avec un quorum de participation d’au moins 40 % des électeurs inscrits et une approbation d’au moins 75 % des suffrages exprimés.

Ce double verrou n’a jamais été actionné depuis 1992. Le seul référendum constitutionnel national effectivement tenu au Ghana depuis lors reste celui du 28 avril 1992, qui avait approuvé la Constitution de la IVe République elle-même avec 92,59 % de « oui » pour une participation d’environ 44 %. Une tentative de référendum en 2019, portant sur l’élection partisane des responsables locaux, avait été annulée faute de consensus politique sous la présidence de Nana Akufo-Addo. Ce précédent rappelle que l’annonce d’une consultation ne garantit pas sa tenue.

Le chemin entre l’approbation gouvernementale de principe et le scrutin de 2027 passe d’abord par le Parlement, où le projet devra obtenir une majorité qualifiée — Mahama et son National Democratic Congress (NDC) disposent d’une majorité, mais elle n’est pas pléthorique. Il passe ensuite par l’organisation logistique du référendum lui-même, avec les exigences de campagne d’information citoyenne et de mobilisation qu’impose un seuil de participation de 40 %.

L’opposition en mode attente

La position du New Patriotic Party (NPP), principale force d’opposition depuis sa défaite de décembre 2024, est à ce stade délibérément suspendue. Selon Tolon Radio, le parti a constitué un comité interne, dirigé par Anyimadu et Frank Davies, chargé d’analyser le rapport du comité de révision et de formuler une ligne officielle au National Council. Le responsable des structures nationales du NPP, Henry Nana Boakye, a demandé aux membres du parti de limiter leurs commentaires publics sur les propositions tant que cet examen interne n’est pas achevé.

Cette prudence est politiquement lisible : le NPP doit arbitrer entre une opposition frontale qui risquerait d’apparaître obstructionniste sur des réformes présentées comme modernisatrices, et un soutien qui serait difficile à justifier devant ses propres militants. L’allongement du mandat présidentiel est particulièrement sensible : si la réforme aboutit avant les élections de 2028, le prochain président — potentiellement issu du NPP — en bénéficierait directement.

L’âge d’éligibilité : une réforme aux effets symboliques

La seconde réforme — l’abaissement de l’âge minimal de 40 à 35 ans — se situe dans un mouvement régional plus lisible. Le Nigeria avait effectué le même passage, de 40 à 35 ans, en 2018, à la suite de la campagne « Not Too Young To Run ». L’expérience nigériane est instructive : si la réforme a supprimé un obstacle juridique réel et favorisé l’émergence de candidats plus jeunes au niveau parlementaire et local, elle n’a pas modifié la sociologie des présidents élus. Bola Tinubu avait environ 70 ans lors de son élection en 2023.

Le comité ghanéen avait initialement recommandé d’aller plus loin, en abaissant le seuil à 30 ans. Le gouvernement s’est arrêté à 35, rejoignant ainsi la norme nigériane. L’impact concret sur le renouvellement de la classe politique dépendra moins du seuil d’âge lui-même que de la capacité des formations politiques à ouvrir effectivement leurs circuits de sélection interne — un chantier que ni le NDC ni le NPP n’ont encore véritablement engagé.

2027 : une consultation aux conditions incertaines

Le référendum prévu en 2027 arrivera dans un contexte politique particulier : à mi-mandat d’une présidence Mahama dont la majorité parlementaire sera mise à l’épreuve, et dans une région ouest-africaine où les normes institutionnelles sont fortement contestées par les transitions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger. La réussite du référendum suppose une mobilisation citoyenne significative dans un pays où la participation aux scrutins nationaux oscille généralement entre 50 et 70 % pour les élections présidentielles, mais où un référendum constitutionnel portant sur des questions perçues comme techniques pourrait peiner à atteindre le seuil de 40 % requis.

Le Ghana reste une démocratie de référence en Afrique de l’Ouest, avec sept alternances pacifiques depuis 1992 et des institutions arbitrales globalement respectées. C’est précisément cette réputation qui donne à la procédure engagée par Mahama une crédibilité que d’autres ne pourraient revendiquer. Mais c’est aussi cette même réputation qui exige que la démarche soit conduite avec une transparence et un consensus politique que l’approbation gouvernementale de principe ne suffit pas à garantir. La question de fond — savoir si les Ghanéens approuveront ces réformes ou les verront comme une manipulation institutionnelle — ne se tranchera pas en cabinet ministériel.


Sources