Madagascar : 67 millions de litres de gasoil pour reprendre le contrôle des importations

La rédaction

août 17, 2026

Madagascar : 67 millions de litres de gasoil pour reprendre le contrôle des importations

Le 12 août, Madagascar a réceptionné au port de Toamasina le tanker Sunda 1, chargé de 67 millions de litres de gasoil destinés exclusivement à la JIRAMA, la compagnie nationale d’eau et d’électricité. Cette opération marque la première étape concrète d’un dispositif public d’importation de carburants que les autorités malgaches entendent pérenniser. L’ambition est réelle, mais les conditions de sa réussite restent à démontrer.

Une réponse à une vulnérabilité structurelle

La dépendance de Madagascar aux marchés pétroliers internationaux n’est pas nouvelle. Comme nombre d’économies insulaires africaines, le pays subit de plein fouet les chocs de prix et les tensions d’approvisionnement qui s’enchaînent depuis 2021. La JIRAMA, dont les défaillances chroniques pèsent sur l’ensemble de l’activité économique, constitue le maillon le plus exposé : sans gasoil en quantité suffisante, les groupes électrogènes qui pallient le déficit des infrastructures hydroélectriques s’arrêtent, et les coupures s’allongent.

En confiant à l’État la maîtrise directe de l’importation, Antananarivo cherche à court-circuiter les intermédiaires privés et à sécuriser l’approvisionnement de son opérateur public à des conditions jugées plus favorables. La logique est cohérente sur le papier : en agrégeant les volumes, l’État espère peser davantage dans les négociations avec les fournisseurs internationaux et réduire les marges prélevées par la chaîne de distribution.

Des précédents africains qui invitent à la prudence

L’expérience africaine en matière d’étatisation des importations pétrolières enseigne cependant une leçon constante : le succès dépend moins de la décision politique initiale que des capacités institutionnelles mobilisées pour l’exécuter dans la durée.

Plusieurs États du continent ont emprunté cette voie avec des résultats contrastés. Certains, disposant d’une administration des hydrocarbures structurée et de ressources propres suffisantes, ont effectivement réduit leur exposition aux chocs de prix. D’autres ont vu le dispositif se gripper rapidement : retards de paiement aux fournisseurs, difficultés logistiques, tensions de trésorerie obligeant à revenir partiellement au secteur privé, voire constitution de dettes flottantes qui fragilisent davantage l’opérateur public concerné.

La JIRAMA elle-même illustre ce risque. La compagnie accumule depuis des années des pertes d’exploitation significatives et dépend de transferts budgétaires de l’État pour fonctionner. Lui confier un rôle central dans un mécanisme d’importation qui suppose des capacités de financement, de stockage et de planification logistique robustes représente un pari dont les termes n’ont pas encore été rendus publics.

Les conditions d’un dispositif viable

Pour que cette première livraison de 67 millions de litres ne reste pas un événement isolé, plusieurs conditions doivent être réunies.

La première est financière : l’État doit disposer de lignes de crédit ou de réserves suffisantes pour honorer les achats à terme, sans quoi les fournisseurs exigeront des primes de risque qui effaceront le bénéfice attendu de la désintermédiation. La deuxième est logistique : les capacités de stockage à Toamasina et sur le reste du territoire doivent absorber des volumes réguliers sans rupture. La troisième est institutionnelle : une entité dédiée, dotée de compétences commerciales et techniques en matière de trading pétrolier, doit piloter les achats, rôle que ni la JIRAMA ni les ministères techniques malgaches n’ont, à ce stade, vocation naturelle à assumer.

Antananarivo n’a pour l’heure communiqué ni sur la structure juridique retenue pour porter ces importations, ni sur les modalités de financement des cargaisons suivantes. Cette opacité est en elle-même un signal à surveiller pour les investisseurs et partenaires qui suivent l’évolution du secteur énergétique malgache.

La réception du Sunda 1 constitue un signal politique fort, mais la viabilité du dispositif se mesurera à la régularité des approvisionnements et à la transparence de leur gestion, deux dimensions sur lesquelles Madagascar devra rapidement apporter des garanties.