Or en Afrique de l’Ouest : Panthera Resources entre potentiel géologique et incertitudes réglementaires

La rédaction

octobre 10, 2026

La société minière britannique Panthera Resources a annoncé le 8 octobre une cible de découverte initiale comprise entre 0,7 et 1,6 million d’onces d’or sur son projet Bido, au Burkina Faso. Une ambition qui s’inscrit dans une stratégie d’expansion régionale portée par des actifs au stade de l’exploration au Mali et au Burkina Faso, mais conditionnée à des renouvellements de licences minières dans un contexte politique sahélien particulièrement instable.

Bido, un potentiel aurifère encore à confirmer

Le projet Bido constitue la dernière pièce ajoutée au portefeuille ouest-africain de Panthera. Sur la base d’un programme de forages à circulation inverse (RC) lancé en 2026, la société a identifié plusieurs intersections aurifères significatives. L’une d’elles révèle 56 mètres à une teneur de 1,16 gramme par tonne d’or, à partir de 76 mètres de profondeur, un résultat suffisamment encourageant pour justifier l’établissement d’une première cible de découverte.

La fourchette annoncée, entre 0,7 et 1,6 million d’onces, reste néanmoins une estimation préliminaire. Elle ne correspond ni à une ressource minérale au sens de la norme NI 43-101 ou du code JORC, ni à une réserve exploitable. Des travaux supplémentaires de forage et une étude de définition plus précise sont indispensables pour valider ce potentiel. À titre de comparaison, le projet Cascades, autre actif burkinabè du portefeuille, opéré par Moydow dont Panthera détient 20 % du capital, affiche une première estimation de 635 000 onces de ressources minérales indiquées et inférées. Pour Bido, le chemin vers une telle formalisation reste entier.

Dans un contexte où l’once d’or a franchi les 4 000 dollars en octobre 2025, avec une progression d’environ 50 % sur douze mois, les perspectives de valorisation d’un gisement significatif dans la sous-région prennent une dimension particulière pour les juniors miniers en quête de financement.

Un portefeuille malien sous pression réglementaire

Si Bido représente la nouveauté, les projets maliens de Panthera, Kalaka et Bassala, cristallisent les enjeux stratégiques les plus sensibles. Kalaka a fait l’objet d’une première estimation de ressources en février 2025, portant sur 803 000 onces de ressources minérales inférées. Bassala, pour sa part, a permis l’identification de cinq prospects aurifères distincts, une étape précoce du cycle d’exploration.

Ces actifs maliens sont aujourd’hui placés sous haute surveillance réglementaire. Depuis l’adoption du nouveau code minier malien de 2023, les règles du jeu ont profondément changé. L’État peut désormais prendre une participation initiale de 10 % dans les projets miniers, avec une option d’acquisition de 20 % supplémentaires dans les deux premières années de production commerciale, et une part additionnelle de 5 % pouvant être cédée à des nationaux, portant la participation malienne potentielle à 35 %. Les procédures de délivrance des titres ont par ailleurs été rehaussées : le permis de recherche est désormais pris par décret en Conseil des ministres, et non plus par simple arrêté ministériel.

Plus concrètement, les autorités maliennes ont retiré plus de 100 permis d’exploration minière en octobre 2025, dans le cadre d’un vaste assainissement du secteur visant les sociétés en infraction avec les nouvelles exigences réglementaires. Une suspension de l’octroi de nouveaux permis, en vigueur depuis 2022, n’avait été que partiellement levée en mars 2025 pour certains cas de renouvellement. Dans ce contexte, le renouvellement de la licence du projet Kalaka constitue un prérequis absolu pour la suite du développement de l’actif.

Panthera Resources ne l’ignore pas. Dans son rapport financier publié en septembre, la société déclare explicitement : « En Afrique de l’Ouest, la Société poursuit la restructuration interne de ses activités et réexaminera les options permettant de maximiser la valeur de son portefeuille aurifère suite au prochain renouvellement de la licence de Kalaka, dans le but de dégager de la valeur et d’obtenir les financements nécessaires au développement de ces actifs. Parallèlement, la Société fera progresser ses programmes de travaux sur ses principaux projets, Bassala, Kalaka, Bido et Cascades, tout en veillant à limiter la dilution des actionnaires. »

Le Burkina Faso, un environnement minier sous tension comparable

Si le Mali concentre le risque de renouvellement des licences pour Panthera, le Burkina Faso n’est pas exempt de turbulences. Sous la transition militaire d’Ibrahim Traoré, les autorités ont engagé une révision du cadre minier visant à renforcer la captation nationale de la rente aurifère. En mars 2024, des retraits de permis d’exploitation de mines d’or et de manganèse ont été annoncés, ciblant des opérateurs étrangers. Comme l’analyse Le Monde, au Burkina Faso comme au Mali, les juntes entendent désormais tirer profit directement de la manne aurifère, quitte à redéfinir unilatéralement les termes des partenariats avec les sociétés étrangères.

Ce contexte n’empêche pas le secteur de produire. Le Burkina Faso a produit environ 61,5 tonnes d’or en 2024, les produits miniers représentant 84 % de la valeur totale des exportations du pays. Ce poids économique rend la ressource aurifère stratégiquement centrale pour la junte, ce qui explique à la fois l’appétit de l’État pour une plus grande part de la rente et la persistance de l’intérêt des juniors miniers pour la sous-région.

Pour Panthera, les projets Bido et Cascades se situent à des stades encore précoces. Le projet Cascades, via Moydow et l’opérateur DFR Gold, a entamé une étude de faisabilité dont la conclusion est attendue en 2026, avec un programme de forage d’expansion de 10 000 mètres destiné à élargir la ressource. Bido, lui, n’en est qu’à la phase de ciblage.

La longue route de l’exploration à la production

L’une des réalités structurelles que l’annonce de Panthera invite à rappeler est la distance qui sépare une cible de découverte d’une mine en exploitation. En Afrique de l’Ouest, le délai entre une première estimation de ressources inférées et le début effectif de la production se situe généralement entre trois et sept ans, en conditions favorables, c’est-à-dire avec des permis stables, un financement disponible et une faisabilité validée. Dans les environnements réglementaires actuels du Mali et du Burkina Faso, chacun de ces trois facteurs représente une variable incertaine.

Pour Kalaka, avec ses 803 000 onces inférées estimées en février 2025, la question du renouvellement de la licence conditionne l’ensemble du calendrier. Sans ce renouvellement, toute avancée vers une étude de préfaisabilité ou une décision finale d’investissement est suspendue. Pour Bido, la cible de découverte doit d’abord être confirmée par des forages complémentaires avant même d’envisager une première estimation formelle de ressources.

La société reste toutefois dans une position commune à de nombreux juniors miniers actifs dans la sous-région : un portefeuille d’actifs à potentiel réel, un contexte prix favorable, l’or à plus de 4 000 dollars l’once constitue un argument de poids pour mobiliser des investisseurs, mais des contraintes réglementaires, politiques et financières qui conditionnent chaque étape du développement.

Entre restructuration et création de valeur : l’équation délicate des juniors

La stratégie affichée par Panthera, restructuration interne, avancement des programmes de travaux, limitation de la dilution actionnariale, reflète une tension caractéristique des juniors miniers en phase d’exploration avancée. Ces sociétés doivent simultanément conserver leurs actifs, maintenir le rythme des travaux techniques pour ne pas perdre leurs licences, et lever des fonds sans excessivement diluer leurs actionnaires.

Dans un contexte sahélien marqué par des révisions unilatérales des cadres miniers et des retraits de permis, la capacité à naviguer dans l’environnement réglementaire local est devenue aussi déterminante que la qualité géologique des actifs eux-mêmes. Les investisseurs du secteur minier qui suivent les juniors actifs en Afrique de l’Ouest intègrent désormais ce risque souverain comme une composante à part entière de leur analyse.

La question centrale pour Panthera dans les prochains mois est donc moins géologique que juridique et financière : obtiendra-t-elle le renouvellement de sa licence minière au Mali dans des conditions acceptables, et dans quel délai ? La réponse des autorités de Bamako conditionnera largement la capacité de la société à faire progresser son portefeuille vers des stades de développement susceptibles de transformer ses estimations de ressources en valeur réelle, pour ses actionnaires, mais aussi, potentiellement, pour les États sahéliens qui entendent désormais peser davantage dans l’équation minière.

Sources