Un an après la présidentielle d’octobre 2025, le parti de Laurent Gbagbo se retrouve privé de plusieurs de ses dirigeants les plus expérimentés, poursuivis devant la section antiterroriste d’Abidjan. Le placement sous contrôle judiciaire de Sébastien Dano Djédjé, le 12 octobre 2026, illustre l’ampleur d’une offensive judiciaire qui remodèle durablement le rapport de forces entre le pouvoir et l’opposition ivoirienne.
Une inculpation au sommet de l’appareil partisan
Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) n’est pas une formation de second rang : c’est le véhicule politique de l’ancien chef de l’État Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale en 2019 et rentré au pays en 2021. C’est donc au cœur de ce dispositif qu’a frappé le vice-président et doyen des juges d’instruction du 8e Cabinet d’instruction du Tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, en convoquant Sébastien Dano Djédjé à la section antiterroriste du quartier Angré, à Cocody.
Dano Djédjé, président du Conseil stratégique et politique du parti, s’est présenté accompagné de son avocate, Me Roselyne Aka-Serikpa. À l’issue de l’audition, il a regagné son domicile, mais sous contrôle judiciaire et avec, selon RFI, une mise en examen portant sur environ dix-sept chefs d’accusation : actes terroristes, assassinat, atteinte à la sûreté de l’État, destruction de biens publics et participation à une manifestation interdite, notamment. Son avocate a aussitôt dénoncé une « violation flagrante des règles de procédure dans le cas d’un ancien membre du gouvernement ». Le parti, pour sa part, a diffusé un message laconique : « La lutte continue. »
Ces poursuites s’inscrivent dans le cadre des enquêtes sur les violences ayant entouré le scrutin présidentiel du 25 octobre 2025. Le bilan officiel, communiqué par le Conseil national de sécurité, fait état de onze morts, soixante et onze blessés et 1 658 interpellations dans les troubles ayant suivi la réélection dès le premier tour d’Alassane Ouattara avec 89,77 % des voix un résultat que le PPA-CI a qualifié de « mascarade électorale » et refusé de reconnaître.
Un état-major décimé
Le cas de Dano Djédjé n’est pas isolé. Il s’insère dans une séquence de procédures qui cible méthodiquement les échelons supérieurs du PPA-CI depuis l’automne 2025.
Justin Koné Katinan, quatrième vice-président et porte-parole du parti, a été placé sous mandat de dépôt en septembre 2026, poursuivi pour des faits similaires incluant notamment « actes terroristes » et « participation à un mouvement insurrectionnel ». Damana Adia Pickass, autre vice-président et figure de la direction, est en détention provisoire depuis novembre 2025. Deux secrétaires généraux adjoints avaient été interpellés le 30 septembre 2026. Fin octobre 2025, c’est un groupe de treize cadres parmi lesquels Michel Gbagbo, Habiba Touré et Assoa Adou qui avaient été convoqués par la police criminelle.
Le recours systématique à la section antiterroriste mérite attention. Cette juridiction spécialisée, dont la compétence s’étend à des faits normalement relevant du droit commun ou du droit de la presse, a déjà été mobilisée contre des militants du PDCI-RDA arrêtés lors des contestations de 2025. Selon Amnesty International, ce cadre procédural produit des effets considérables sur les conditions de détention et les droits de la défense.
Un précédent historique, une logique régionale
La Côte d’Ivoire n’est pas inédite dans cette configuration. Après la crise post-électorale de 2010-2011, plus de 150 membres du camp Gbagbo avaient été inculpés par les juridictions civiles et militaires ivoiriennes, selon Human Rights Watch. Le parallèle que les dirigeants du PPA-CI tirent volontiers avec cette période n’est pas seulement rhétorique : il traduit une expérience institutionnelle réelle de la coexistence entre un parti d’opposition et l’appareil judiciaire d’État.
À l’échelle régionale, le phénomène est documenté. Au Togo, Agbéyomé Kodjo a été poursuivi pour atteinte à la sécurité de l’État après avoir contesté les résultats de la présidentielle de 2020. Au Sénégal, la dissolution de PASTEF en 2023 et la détention de Bassirou Diomaye Faye avaient précédé une alternance politique spectaculaire. Ces exemples dessinent un pattern régional où les qualifications terroristes ou sécuritaires sont appliquées à des contestations d’abord politiques sans que cela préjuge, dans chaque cas, de la réalité ou non des faits reprochés.
L’impact organisationnel en question
La question centrale, pour les prochaines échéances, est celle de la capacité opérationnelle du PPA-CI. Avec plusieurs vice-présidents hors circuit, en détention ou sous contrôle judiciaire et des convocations répétées affectant les cadres intermédiaires, le parti perd en mobilité tactique au moment précis où il devrait consolider son réseau après un cycle électoral défavorable. Les législatives de décembre 2025, boycottées par le PPA-CI, ont déjà réduit sa présence institutionnelle.
Reste que le contrôle judiciaire accordé à Dano Djédjé et non la détention provisoire laisse une marge. Le parti maintient une ligne publique combative. Mais la multiplication des procédures produit un effet d’usure difficile à quantifier : les avocats mobilisés, les ressources détournées vers la défense judiciaire, les cadres contraints à surveiller leurs déplacements. La question n’est plus seulement celle de la légitimité politique du PPA-CI, mais de sa simple capacité logistique à se projeter dans l’avenir électoral ivoirien.
Sources
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Côte d’Ivoire : Sébastien Dano Djédjé inculpé et placé sous contrôle judiciaire — RFI, 13 octobre 2026
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Dano Djédjé a regagné son domicile après son audition à la section antiterroriste — Koaci, 12 octobre 2026
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Côte d’Ivoire : 11 morts et 1 658 interpellations dans les troubles pendant la présidentielle — Agence Anadolu
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Côte d’Ivoire : 13 cadres du PPA-CI convoqués par la police criminelle après les élections présidentielles de 2025 — Koaci, 28 octobre 2025
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Côte d’Ivoire : que reproche-t-on à Justin Koné Katinan ? — RFI, 14 septembre 2026
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Rapport annuel 2026 Afrique – Côte d’Ivoire — Amnesty International
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Rapport IRI sur la Côte d’Ivoire, avril 2026 — International Republican Institute, avril 2026