Le 23 septembre 2026, le Niger a signé une nouvelle convention minière avec la société australienne Atomic Eagle pour le projet de Madaouela, portant la participation de l’État à 40 % contre 10 % dans le contrat précédent. Cet accord, conclu dans un contexte de rupture ouverte avec le groupe français Orano, illustre une stratégie délibérée : faire de l’uranium un levier de souveraineté et de négociation internationale au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Un repositionnement stratégique, pas une simple transaction minière
Depuis le coup d’État du général Abdourahamane Tiani en juillet 2023, Niamey a systématiquement remis en cause les arrangements miniers hérités de la période précédente. La signature de la convention avec Atomic Eagle — anciennement GoviEx, opérant via sa filiale Madaouela Mining Company (MAMICO) — s’inscrit dans cette logique de réappropriation. Le Commissaire-Colonel Abarchi Ousmane, ministre des Mines, a paraphé l’accord en présence de Philip Ross Hoskins, directeur général de MAMICO SA.
Le gisement de Madaouela, situé dans la région d’Agadez, est connu depuis plusieurs décennies mais n’a jamais atteint le stade de la production industrielle. Atomic Eagle dispose d’une trésorerie d’environ 16 millions de dollars australiens au premier trimestre 2026, très en deçà des quelque 282 millions de dollars américains estimés pour la construction du projet. La société devra nécessairement mobiliser des financements extérieurs — dette de projet, levée de fonds ou partenaire stratégique — avant d’espérer extraire le premier kilogramme d’uranium de Madaouela. Cette fragilité financière n’est pas anodine : elle place le régime en position de force dans toute renégociation future, mais elle fait aussi peser un risque réel sur le calendrier effectif de mise en production.
Le contentieux Orano, toile de fond d’une stratégie de rupture
Le bras de fer avec le groupe français Orano constitue la véritable clé de lecture de la politique minière du régime Tiani. En juin 2025, les autorités nigériennes ont nationalisé SOMAÏR, la filiale locale d’Orano, déclenchant la phase la plus dure du conflit. Le 23 septembre 2025, le tribunal arbitral du CIRDI a ordonné au Niger de ne pas céder l’uranium produit par SOMAÏR retenu en violation des droits d’Orano. En février 2026, Niamey a répondu en installant un comité d’experts chargé de préparer des actions judiciaires contre le groupe français, notamment sur des griefs environnementaux. Le litige demeure ouvert, sans règlement global en vue, et continue de peser sur la crédibilité internationale du régime en tant que partenaire minier stable.
C’est dans ce contexte que la part du Niger dans l’approvisionnement uranifère de la France — historiquement entre 15 et 20 % — est tombée à un niveau quasi nul depuis 2023, selon l’Agence Ecofin. Pour l’Union européenne, qui s’approvisionnait à hauteur d’environ 25 % au Niger en 2022, la rupture a constitué un choc d’approvisionnement significatif, même si Paris avait diversifié ses sources bien avant la crise.
L’uranium comme levier dans la recomposition des alliances sahéliennes
La dimension la plus stratégique de l’accord Madaouela réside moins dans ses paramètres financiers que dans le signal géopolitique qu’il envoie. En quelques semaines de septembre 2026, Niamey a multiplié les annonces minières : outre l’accord avec Atomic Eagle, des fonds américains ont été mobilisés pour le projet DASA, selon Reuters. Washington, qui avait retiré ses troupes du Niger deux ans plus tôt, revient par la porte de l’investissement minier, signe que l’uranium nigérien reste un actif stratégique que les grandes puissances ne peuvent se permettre d’ignorer.
De son côté, la Russie a signé en juillet 2025 un mémorandum de coopération nucléaire civile avec le ministère nigérien de l’Énergie, et Le Monde rapportait en avril 2025 que Moscou et Pékin convoitaient tous deux les stocks d’uranium d’Orano bloqués à Arlit. La recomposition est donc plurilatérale : le régime Tiani joue simultanément la carte australienne, américaine et russe, refusant de s’enfermer dans un alignement exclusif.
Ce schéma s’inscrit dans une tendance régionale documentée. Le Mali et le Burkina Faso, membres comme le Niger de l’Alliance des États du Sahel, ont également engagé depuis 2022 des renégociations de leurs conventions minières pour accroître la part des États dans les revenus extractifs. La hausse du prix spot de l’uranium — ayant dépassé les 100 dollars la livre en janvier 2024 puis en janvier 2026, selon les données de TradeTech — donne aux États producteurs un rapport de force inédit avec les majors minières occidentales.
Une crédibilité encore à bâtir
La stratégie nigérienne n’est pas sans risques. Le Niger, qui représentait environ 7 à 10 % de la production mondiale dans les années 1980-2000, ne fournissait plus que 1,6 % du total mondial en 2024, selon la World Nuclear Association. La nationalisation de SOMAÏR et le départ d’Orano ont aggravé cette tendance à la baisse. Attirer de nouveaux capitaux dans un environnement marqué par des litiges arbitraux actifs et une instabilité politique persistante constitue un défi structurel que la seule hausse des cours ne suffira pas à résoudre.
La montée à 40 % de la participation étatique dans Madaouela est une posture cohérente avec les modèles adoptés par d’autres pays africains producteurs. En Namibie, la société publique Epangelo Mining n’avait obtenu que 10 % dans le projet Swakop Uranium, et la Zambie avait retenu 15 % dans certaines conventions uranifères. En ce sens, Niamey se positionne au-delà de la norme régionale et envoie un signal de souveraineté économique renforcée.
La question qui demeure ouverte est celle de la cohérence à long terme : le Niger peut-il simultanément mener des procédures arbitrales contre Orano, accueillir des capitaux australiens et américains, courtiser Moscou et Pékin, et espérer bâtir une réputation de partenaire fiable ? L’uranium est un puissant levier de négociation — mais un levier ne suffit pas à construire une politique minière durable.
Sources
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Uranium au Niger : entre rupture avec Orano et nouveaux alliés, la stratégie de Tiani au banc d’essai — Jeune Afrique, septembre 2026
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Le tribunal arbitral du CIRDI s’oppose à la vente par l’État du Niger de l’uranium produit par SOMAÏR — Orano, septembre 2025
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Fin d’Orano au Niger : l’impact sur l’approvisionnement de la France en uranium — Agence Ecofin, 2025
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Au Niger, la Russie et la Chine convoitent les stocks d’uranium du français Orano — Le Monde, avril 2025
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US seals big uranium investment in Niger two years after troops left — Reuters, septembre 2026
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Niger : un accord pour relancer l’exploitation d’uranium — Africanews, septembre 2026
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Atomic Eagle — Profil financier et projet Madaouela — Crux Investor, 2026
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Niger profile — World Nuclear Association — World Nuclear Association, 2024
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Niger : le comité d’experts pour des actions judiciaires contre Orano — Ouestaf, février 2026