Aux Comores, la concentration du pouvoir fragilise l’équilibre institutionnel

La rédaction

juillet 24, 2026

Le débat sur la répartition des pouvoirs aux Comores connaît un regain d’intensité. Des accusations de concentration des décisions au sommet de l’État alimentent une controverse institutionnelle qui interroge le fonctionnement réel des contre-pouvoirs dans l’archipel. Dans un contexte politique déjà tendu, c’est la crédibilité même des institutions comoriennes qui se trouve questionnée.

Un exécutif sous le feu des critiques

Au cœur de la polémique : la manière dont les décisions sont prises et les responsabilités réparties au sein de l’appareil d’État comorien. Les griefs formulés pointent un déficit de transparence dans les processus décisionnels et une tendance à la centralisation du pouvoir exécutif, au détriment d’une gouvernance collégiale et lisible.

Cette configuration n’est pas inédite dans le paysage politique comorien. L’histoire constitutionnelle de l’archipel est marquée par une instabilité chronique — plus d’une vingtaine de coups d’État ou tentatives depuis l’indépendance en 1975 — qui a conduit à des architectures institutionnelles successivement révisées, souvent au profit du renforcement de l’exécutif central. La Constitution de 2018, adoptée par référendum, a notamment supprimé la présidence tournante entre les trois îles et consolidé les prérogatives du chef de l’État, suscitant déjà, à l’époque, des critiques sur la dérive vers un pouvoir personnel.

Des contre-pouvoirs structurellement limités

La question des contre-pouvoirs est au cœur du débat actuel. Dans un système où l’exécutif dispose d’une prééminence constitutionnelle affirmée, les mécanismes de contrôle — parlementaire, judiciaire, médiatique — peinent à jouer pleinement leur rôle de régulation.

Les tensions politiques qui traversent actuellement l’archipel exacerbent ces fragilités structurelles. Lorsque le climat institutionnel se dégrade, c’est l’ensemble de l’édifice de gouvernance qui vacille : la confiance publique dans les institutions s’érode, les canaux de contestation légale se rétrécissent, et le risque de blocage politique s’accroît.

Ce schéma — concentration formelle et informelle du pouvoir, affaiblissement des instances de contrôle, tensions récurrentes — constitue un terrain d’étude familier pour les spécialistes de la gouvernance dans les petits États insulaires en développement, où la taille réduite des appareils d’État et l’imbrication des réseaux personnels et institutionnels rendent la séparation des pouvoirs particulièrement difficile à opérationnaliser.

Un enjeu de crédibilité pour les institutions

Au-delà de la polémique conjoncturelle, c’est la question de la légitimité institutionnelle qui est posée. Une gouvernance perçue comme opaque et centralisée nuit à la confiance des citoyens, mais aussi à celle des partenaires extérieurs — bailleurs de fonds, organisations régionales, investisseurs — dont les Comores ont besoin pour financer leur développement.

La controverse actuelle rappelle que la stabilité institutionnelle ne se décrète pas par voie constitutionnelle : elle se construit dans la pratique quotidienne du pouvoir, dans le respect des équilibres formels et informels, et dans la capacité des acteurs politiques à accepter la contradiction et le contrôle.

L’archipel comorien se trouve ainsi une nouvelle fois à un carrefour : celui du choix entre une gouvernance inclusive, susceptible de consolider la paix civile, et une logique de concentration qui, si l’histoire est un guide, finit rarement par renforcer durablement la stabilité.