Le Bénin s’impose comme premier producteur de coton de la zone CFA lors de la campagne 2025-2026, avec 533 590 tonnes de coton-graine. Une performance qui mérite d’être lue à double entrée : si la filière béninoise confirme sa robustesse structurelle, cette première place résulte aussi, et peut-être surtout, de l’effondrement spectaculaire de son principal rival. La production totale de la zone a reculé de 14,2 %, et le repli est général.
Un classement bouleversé par la chute malienne
Selon les données du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), le Mali, qui occupait la première place la campagne précédente, a vu sa production s’effondrer de 39,5 % pour tomber à 397 540 tonnes. Cette chute est la plus sévère enregistrée parmi les huit pays suivis par l’organisme régional. Le Burkina Faso, troisième avec 313 042 tonnes, progresse lui de 7 % 8une exception notable dans un tableau d’ensemble dégradé.
Les causes du recul malien sont multiples et documentées. Les attaques de jassides, des insectes piqueurs-suceurs particulièrement redoutables pour le cotonnier, ont sévi notamment dans les zones de Kadiolo et Yorosso, avec des infestations qualifiées de moyennes à fortes. Les irrégularités pluviométriques et des inondations localisées ont aggravé le tableau. Des retards de paiement aux producteurs et des livraisons d’intrants insuffisantes ont par ailleurs freiné les emblavures, semant le découragement parmi les cotonculteurs. Le cumul de ces facteurs agronomiques et logistiques explique l’ampleur d’un recul qui propulse mécaniquement le Bénin au sommet du classement régional.
Ce renversement de hiérarchie n’est pas un événement sans précédent. Depuis les années 2000, la première place a successivement appartenu au Burkina Faso, au Mali, puis au Bénin à partir de 2018-2019, avec des alternances selon les aléas climatiques et les performances comparées des filières. Le Mali avait récupéré la tête lors des campagnes 2023-2024 et 2024-2025. Son déclassement brutal en 2025-2026 illustre la volatilité inhérente à des systèmes de production encore fortement exposés aux chocs exogènes.
La filière béninoise : solide, mais pas à l’abri
Qualifier la performance béninoise de simple aubaine serait inexact. Avec 533 590 tonnes, le Bénin produit près de 136 000 tonnes de plus que le Mali un écart considérable qui reflète une organisation filière qui a su se consolider sur la durée. Le coton représente 45 % des exportations de biens du Bénin en 2024, selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD), soit 303,6 milliards de FCFA sur un total de 674,7 milliards. Dans un pays où le secteur agricole représente près de 30 % du PIB, la filière cotonnière reste le principal moteur des recettes d’exportation agricoles.
Sur le plan des rendements, le Bénin se maintient à un niveau compétitif pour la région, autour de 1 190 kg/ha lors de la campagne 2024-2025, contre environ 1 077 kg/ha en 2020 une progression régulière qui témoigne d’une montée en technicité. Pour comparaison, le Cameroun affiche le meilleur rendement régional cette campagne avec 1 268 kg/ha, malgré une baisse de production de 11,9 % à 250 722 tonnes.
Mais la filière béninoise n’est pas immunisée contre les revers. Sa production a reculé de 16,3 % en un an, poursuivant une tendance baissière engagée dès la campagne précédente. Ce repli, sur un volume de départ plus élevé, traduit des difficultés qui lui sont propres : effets climatiques, coûts des intrants, pressions sur les marges des producteurs dans un contexte de prix mondiaux déprimés. L’indice Cotlook A a évolué autour de 74 à 79 cents par livre en 2025, un niveau modérément faible qui comprime les marges disponibles pour rémunérer les producteurs, sauf à subventionner la différence ce que font, à des degrés variables, tous les États de la région.
Des dynamiques contrastées à l’échelle régionale
Le tableau d’ensemble de la zone CFA pour la campagne 2025-2026 est celui d’un secteur sous tension, mais avec des poches de dynamisme réelles. La production cumulée des huit pays suivis par le PR-PICA est passée de 2,31 millions de tonnes à 1,98 million de tonnes, soit un recul de 14,2 % le plus important depuis plusieurs campagnes.
Parmi les signaux positifs, le Sénégal mérite une attention particulière. Sa production bondit de 62,2 %, à 25 166 tonnes, avec le deuxième meilleur rendement régional à 1 235 kg/ha. Cette performance s’explique par une combinaison de facteurs : extension significative des superficies emblavées estimées à 21 000 hectares selon le département américain de l’agriculture (USDA/FAS) , encadrement renforcé par la SODEFITEX, relèvement du prix au producteur à 350 FCFA/kg contre 270 FCFA auparavant, et conditions agronomiques favorables. Le Sénégal reste modeste en volumes absolus, mais sa trajectoire ascendante est structurellement engagée.
Le Togo et le Tchad progressent chacun de 30,3 %, à respectivement 78 706 et 75 268 tonnes. Ces deux pays confirment une montée en puissance progressive de filières longtemps secondaires dans le paysage régional.
Le Burkina Faso, de son côté, réussit le tour de force de progresser de 7 % à 313 042 tonnes dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé dans ses zones de production du nord et de l’est. Cette reprise repose principalement sur l’extension des surfaces cultivées dans les zones encore accessibles les hectares emblavés ont progressé de 346 778 à 391 407 ha et sur le maintien de subventions publiques aux intrants, évaluées à 39,5 milliards de FCFA pour la campagne précédente. La filière cotonnière burkinabè n’a pas surmonté l’insécurité ; elle l’a partiellement contournée par une réallocation géographique des efforts de production.
La Côte d’Ivoire, absente des chiffres de tête, et le Cameroun, plombé par des aléas climatiques selon les données de la Sodecoton, illustrent à leur tour la fragilité d’un secteur où les performances annuelles restent fortement corrélées aux conditions météorologiques et aux dynamiques internes de chaque filière nationale.
Un leadership à consolider, des vulnérabilités à ne pas sous-estimer
La première place du Bénin en 2025-2026 est un fait établi. Mais elle ne doit pas occulter les fragilités de fond qui pèsent sur l’ensemble de la filière CFA. La contraction de près de 330 000 tonnes à l’échelle régionale en une seule campagne illustre à quel point ces économies cotonnières restent exposées à des facteurs qu’elles maîtrisent imparfaitement : la pluviométrie, la pression parasitaire, les cours mondiaux libellés en dollars, et la capacité des États à maintenir des mécanismes de soutien suffisants dans un contexte de finances publiques contraintes.
Pour le Bénin, l’enjeu des prochaines campagnes sera de confirmer ce leadership sur des bases productives solides plutôt que par défaut de concurrence. Des ambitions ont été affichées passer de 500 000 à 700 000 tonnes dès 2026-2027 selon certaines projections mais cela supposera de répondre aux causes structurelles du recul récent : accès aux intrants, revenus des producteurs, adaptation variétale et gestion des risques climatiques. La question posée à l’ensemble du secteur cotonnier ouest-africain reste la même depuis des décennies : comment transformer une filière d’exportation de matière première vulnérable en système agro-industriel plus résilient et mieux intégré à la valeur ajoutée locale ?
Sources
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Le Bénin premier producteur de coton de la zone CFA, malgré une récolte en baisse — Africaho, 2026
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État de la production cotonnière dans les 8 pays du PR-PICA — Agridigitale, 2026
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Grands traits du commerce extérieur du Bénin 2024 — INStaD, 2025
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Coton : une campagne déjà fragilisée par les retards et les ravageurs — Journal du Mali, 2025
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Zone CFA : la production cotonnière a reculé de près de 12 % en 2024/2025 — Agence Ecofin, 2025
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Coton au Burkina Faso : hausse et résilience — Cauris Africa, 2026
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Cotlook Monthly Market Summary – July 2025 — Cotlook, 2025
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RFI : les rendements du coton sénégalais parmi les meilleurs d’Afrique de l’Ouest — RFI, mars 2026
- Port sec de Parakou : un levier pour les exportations agricoles béninoises face à la concurrence régionale
- SOFITEX à New Delhi : le coton burkinabè à la conquête du marché indien, mais à quel prix ?
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