Depuis le début de l’année 2026, le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont chacun notifié de nouveaux foyers de grippe aviaire hautement pathogène H5N1, confirmant la nature récurrente d’une épizootie qui frappe la sous-région depuis 2021. Les pertes économiques s’accumulent pour une filière avicole structurellement vulnérable, tandis que les dispositifs de surveillance peinent à endiguer la progression transfrontalière du virus.
Une vague de 2021 qui n’a jamais vraiment reflué
La première grande épizootie régionale moderne remonte à 2021, lorsque neuf pays d’Afrique de l’Ouest ont simultanément signalé des foyers : Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo, Niger, Mali, Ghana, Nigeria, Bénin et Mauritanie. En Côte d’Ivoire, cette vague initiale avait conduit à l’abattage sanitaire de plus de 600 000 volailles, pour des pertes estimées par la FAO à plus de 3 milliards FCFA, soit environ 5,3 millions de dollars.
La sous-région n’est jamais revenue à un état indemne stable. Les foyers se sont succédé par séquences, touchant tantôt un pays, tantôt un autre, selon des dynamiques liées aux mouvements d’oiseaux sauvages migrateurs et aux flux commerciaux informels de volailles vivantes entre États membres de la CEDEAO.
2026 : trois pays, trois nouvelles alertes
En avril 2026, la Côte d’Ivoire a signalé un foyer à Koun-Fao ayant entraîné la mort d’environ 95 000 volailles — premier cas confirmé depuis plus de cinq ans dans le pays. Début juin, le Sénégal a notifié à l’OMSA un foyer dans la région de Fatick, marquant un retour du virus après trois ans d’accalmie. Le même jour, le 4 juin 2026, le Nigeria confirmait des foyers actifs dans cinq États : Kebbi, Kano, Katsina, Plateau et Bauchi.
Face à cette nouvelle vague, les réponses nationales restent fragmentées. Le Burkina Faso a mené une campagne de sensibilisation dans ses postes frontaliers du 26 avril au 2 mai 2026 pour prévenir l’introduction du virus depuis la Côte d’Ivoire. La Guinée a annoncé le 4 juin le renforcement de sa surveillance épidémiologique aux frontières avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Ces mesures défensives témoignent d’une prise de conscience, mais aussi de l’absence d’une architecture régionale de réponse coordonnée.
Le projet Nigeria-FAO : modèles prédictifs contre réactivité tardive
En mai 2026, le Nigeria a lancé en partenariat avec la FAO un projet d’urgence doté de 350 000 dollars, centré sur la formation de 240 agents de santé animale sur une période de neuf mois. L’objectif affiché dépasse la simple réponse curative : il s’agit de développer des modèles prédictifs capables d’anticiper les zones à risque avant l’apparition des foyers, en croisant données épidémiologiques, mouvements aviaires et circuits commerciaux.
L’ambition est réelle, mais le budget reste modeste au regard de l’étendue territoriale concernée et de la densité du tissu avicole nigérian. La filière repose encore majoritairement sur des élevages familiaux ou semi-intensifs, peu intégrés aux systèmes officiels de déclaration, ce qui limite mécaniquement la qualité des données disponibles pour alimenter ces modèles.
La récurrence des foyers depuis 2021 indique que le H5N1 s’est progressivement ancré dans l’écosystème avicole ouest-africain : sans harmonisation des protocoles de surveillance à l’échelle de la CEDEAO, les initiatives nationales, aussi bien conçues soient-elles, risquent de rester des réponses partielles à un défi structurellement régional.