Le ministre malien des Maliens établis à l’extérieur, Mossa Ag Attaher, a présenté à Bamako le bilan migratoire de cinq années de transition sous le Général Assimi Goïta. Sur cette période, 56,6 milliards FCFA ont été mobilisés pour assister 62 777 migrants de retour au Mali. Ce chiffre illustre l’ampleur de la pression migratoire à laquelle Bamako est confronté, dans un contexte de rupture accélérée avec les cadres régionaux traditionnels.
Un bilan chiffré dans un contexte de recomposition régionale
Le volume financier annoncé — 56,6 milliards FCFA sur cinq ans, soit environ 86 millions d’euros — place la gestion des retours migratoires parmi les priorités budgétaires affichées de la Transition malienne. Les 62 777 bénéficiaires représentent une population significative, principalement composée de Maliens expulsés ou revenus de force depuis la Libye, l’Algérie et les pays du Golfe de Guinée, selon les dynamiques migratoires documentées dans la sous-région.
Ce bilan intervient alors que le Mali a officiellement quitté la CEDEAO en janvier 2024, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, pour former l’Alliance des États du Sahel (AES). Ce retrait n’est pas anodin sur le plan migratoire : le protocole de libre circulation de la CEDEAO, qui garantissait aux ressortissants des États membres le droit de circuler, de résider et de s’établir librement dans l’espace communautaire, constituait le socle juridique de protection de plusieurs millions de Maliens établis en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Ghana.
Quel cadre de protection pour la diaspora malienne après le retrait ?
La diaspora malienne est l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest. Elle représente une source considérable de transferts de fonds vers Bamako, estimés régulièrement parmi les premiers postes de revenus extérieurs du pays. Le retrait de la CEDEAO soulève donc une question structurelle que le bilan du ministre Ag Attaher n’aborde qu’indirectement : quel statut juridique pour les Maliens résidant dans les États membres de la CEDEAO désormais tiers ?
À ce jour, aucun accord bilatéral de substitution n’a été rendu public entre le Mali et les principaux pays d’accueil de sa diaspora. L’AES, dont le cadre institutionnel reste en construction, ne dispose pas encore d’un protocole équivalent à celui de la CEDEAO en matière de libre circulation des personnes. La Confédération de l’AES, proclamée en juillet 2024, a affiché des ambitions d’intégration, mais sans calendrier ni mécanisme de protection consulaire formalisé à ce stade.
Le ministère des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine apparaît ainsi dans une position paradoxale : présenter un bilan d’assistance aux retours dans un moment où la capacité à protéger ceux qui restent à l’étranger se fragilise institutionnellement. L’assistance aux migrants de retour, aussi réelle soit-elle, est par nature une réponse curative. La question préventive — maintenir des garanties de séjour et de travail pour les Maliens hors frontières — reste, elle, sans réponse régionale claire.
Le bilan présenté à Bamako documente cinq ans d’efforts financiers face à une pression migratoire structurelle, mais la recomposition géopolitique en cours autour de l’AES laisse ouverte la question centrale de la protection durable des diasporas maliennes dans un espace ouest-africain désormais fragmenté.