Cent six combattants du Mouvement patriotique pour la Centrafrique ont déposé les armes à Kouki, dans la préfecture de l’Ouham, lors d’une opération conjointe du Programme national de désarmement et de la MINUSCA. Un bilan qui s’inscrit dans un cumul de 842 réinsertions sur sept mois, mais qui ne saurait masquer la profondeur des défis que traverse encore la stabilisation centrafricaine.
106 combattants désarmés à Kouki : les faits
L’opération s’est déroulée dans la localité de Kouki, au nord de la République centrafricaine, sous la conduite conjointe du Programme national de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement (PNDDRR) et de la MINUSCA. Les 106 ex-combattants appartiennent au Mouvement patriotique pour la Centrafrique, un groupe politico-militaire fondé en 2015 par Mahamat Al-Khatim, issu de la nébuleuse de l’ex-Séléka. Le MPC recrute principalement parmi les éleveurs arabes et peuls des zones frontalières avec le Tchad, et contrôle historiquement des axes stratégiques du nord, notamment le corridor Sido–Kabo–Batangafo, à la lisière des préfectures d’Ouham et d’Ouham Fafa. À son apogée début 2023, le groupe comptait près d’un millier de combattants répartis entre la Vakaga et le Bamingui-Bangoran, avant de connaître des défections et des divisions internes.
L’opération de Kouki s’inscrit dans une dynamique nationale plus large : selon les chiffres communiqués par les autorités, 842 anciens membres de groupes armés ont intégré un programme de réinsertion socio-économique au cours des sept derniers mois. Le général de brigade Martin Gbebondi, représentant l’Unité d’exécution du PNDDRR, avait formulé la philosophie de l’opération dès son lancement le 21 juin 2026 : « L’objectif premier du DDRR est que notre pays retrouve la paix, la sécurité, la quiétude pour son développement économique, or la présence des éléments des groupes armés perturbe la bonne marche de l’économie de cette localité. » Il avait également précisé que les opérations « ne ciblent pas des groupes spécifiques », signalant une approche inclusive visant l’ensemble des groupes armés résiduels actifs dans la préfecture.
Un bilan DDR en progression, mais encore partiel
Le désarmement dans l’Ouham s’inscrit dans le cadre de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA (APPR), signé à Khartoum en février 2019 entre le gouvernement et quatorze groupes armés. Cet accord prévoit un volet DDR ambitieux : désarmement et démobilisation des combattants, intégration d’une partie d’entre eux dans les forces nationales, réinsertion socio-économique des autres.
Les avancées sont réelles. Selon une analyse publiée par ADF Magazine en septembre 2025, les opérations de DDR avaient permis de désarmer et démobiliser 5 540 combattants à fin 2025, dont 342 femmes affiliées aux groupes armés signataires. Le gouvernement cible environ 7 000 combattants parmi les quatorze groupes signataires, ce qui signifie qu’en fin d’année 2025, environ un tiers des effectifs visés restait encore à traiter. L’opération de Kouki, en juin 2026, vient allonger ce compteur.
La dynamique s’est accélérée depuis le 19 avril 2025, date à laquelle un accord conclu à N’Djamena a ramené deux groupes armés majeurs l’UPC et les 3R dans le processus de paix, après plusieurs années de rupture liées aux élections contestées de 2020 et à la recomposition de la Coalition des patriotes pour le changement. Selon la même source, les attaques de villages ont diminué dans les zones d’influence de ces deux groupes depuis le cessez-le-feu subséquent.
Ces résultats doivent cependant être mis en perspective. Les estimations disponibles sur le nombre total de combattants actifs en RCA sont incertaines, mais des recoupements de sources suggèrent que plusieurs milliers d’hommes armés probablement entre 10 000 et 15 000 si l’on agrège l’ensemble des groupes et milices opèrent encore sur le territoire. Le seul groupe 3R est crédité de plus de 3 000 éléments, le FPRC de moins de 3 000. Dans ce contexte, les quelque 5 500 combattants désarmés en six ans représentent une fraction significative, mais non décisive, de l’arsenal humain des groupes armés.
La MINUSCA : indispensable et sous contrainte
Le rôle de la MINUSCA dans l’opération de Kouki n’est pas accessoire. La mission onusienne constitue l’ossature logistique, sécuritaire et technique du processus DDR dans les zones périphériques, là où l’État centrafricain dispose d’une capacité de déploiement limitée. Son mandat a été renouvelé pour un an jusqu’au 15 novembre 2026 par la résolution 2800 (2025) du Conseil de sécurité, adoptée par 14 voix et une abstention américaine. Ce renouvellement ne s’est pas accompagné d’une montée en puissance : les plafonds d’effectifs ont été revus à la baisse, passant de 14 400 à 14 046 militaires autorisés, et de 3 020 à 2 999 policiers. La mission doit par ailleurs réduire ses dépenses d’environ 15 % dans un contexte de restrictions budgétaires accrues.
Cette contraction des moyens intervient au moment précis où la MINUSCA est censée accompagner un cycle électoral complet élections locales, législatives et présidentielle entre 2025 et 2026 tout en poursuivant les opérations de désarmement et de protection des civils. Le Conseil de sécurité prévoit de réexaminer les effectifs à l’issue du cycle électoral, mais la pression financière exercée notamment par Washington fragilise la planification à moyen terme.
Ce paradoxe mandat élargi, moyens réduits soulève une question de fond sur la soutenabilité du modèle. La MINUSCA est officiellement présentée comme un acteur d’appui, la responsabilité première de la sécurité incombant aux autorités centrafricaines. Mais dans la pratique, le désarmement dans l’Ouham n’aurait pas eu lieu sans l’infrastructure et la crédibilité sécuritaire que la mission apporte.
La réintégration, maillon faible du dispositif
Le désarmement et la démobilisation constituent les premières étapes d’un processus en trois temps. La réintégration socio-économique troisième volet, et le plus déterminant pour la durabilité des résultats reste le segment le plus vulnérable. Les ex-combattants qui ne satisfont pas aux critères d’intégration dans les forces nationales se voient proposer des filières professionnelles : couture, menuiserie, soudure, projets communautaires. Mais la couverture géographique de ces dispositifs demeure inégale, et les délais entre démobilisation et insertion effective génèrent des fenêtres de vulnérabilité.
Les données comparatives disponibles en Afrique centrale ne sont guère rassurantes. Une étude de l’Africa Center for Strategic Studies portant sur le premier programme DDR en RDC indique qu’environ la moitié des quelque 200 000 combattants ayant participé au processus ont été « remobilisés », soit réintégrés dans des forces formelles, soit retournés dans des groupes armés après désertion. En l’absence de données robustes et systématiques sur la récidive en RCA le Programme national ne publie pas de taux de réenrôlement il est impossible de mesurer avec précision l’efficacité à long terme des opérations menées.
Ce déficit de suivi n’est pas propre à la Centrafrique. Les outils de mesure standards des programmes DDR onusiens privilégient les indicateurs de sortie immédiate nombre de combattants désarmés, taux de femmes incluses, formations délivrées plutôt que le suivi longitudinal des bénéficiaires. Le risque est bien connu : une opération réussie sur le papier peut alimenter, deux ou trois ans plus tard, un retour des mêmes combattants sous d’autres bannières.
Une dépendance structurelle à interroger
L’expérience malienne offre, à cet égard, un éclairage utile. Le programme DDR prévu par l’Accord d’Alger de 2015, fortement structuré par la MINUSMA, a produit des résultats mesurables mais limités : lors d’une phase-test à Gao en 2017, 515 combattants s’étaient enregistrés, mais seulement quatre avaient choisi le retour à la vie civile, la quasi-totalité préférant l’intégration dans les forces reconstituées. La transition vers une maîtrise nationale du processus est restée partielle, entravée par le manque de confiance entre parties et l’insuffisance des financements domestiques.
La Sierra Leone fait figure de contre-exemple relatif : une démobilisation large, une réforme du secteur de la sécurité accompagnée, et un transfert progressif de la gestion vers les institutions nationales ont produit une amélioration durable de la sécurité. Mais la Sierra Leone bénéficiait d’une configuration politique et géographique différente, et d’un engagement international soutenu sur la durée.
La RCA, elle, cumule les facteurs de fragilité : territoire immense, État à capacité fiscale limitée, persistance de groupes armés non-signataires, tensions communautaires alimentées par des dynamiques transhumantes et des enjeux miniers. Dans ce contexte, les 106 ex-combattants du MPC désarmés à Kouki représentent une avancée concrète, documentée, qui mérite d’être reconnue sans être survalorisée.
La question qui s’imposera à Bangui comme aux partenaires internationaux après le cycle électoral 2025-2026 est celle de la transition : à quel horizon la RCA sera-t-elle en mesure de conduire, financer et évaluer elle-même ses opérations de DDR, sans que chaque désarmement dans une préfecture reculée dépende d’une résolution onusienne renouvelée d’année en année ?
Sources
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Centrafrique : Plus de 100 ex-combattants désarmés et démobilisés dans le nord du pays — Africa24 TV, 27 juin 2026
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Le Conseil de sécurité des Nations Unies renouvelle le mandat de la MINUSCA — MINUSCA, 2025
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Résolution 2800 (2025) du Conseil de sécurité — Nations Unies, 2025
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Le processus de désarmement offre une voie vers la paix pour la Centrafrique — ADF Magazine, septembre 2025
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Kouki : plus de 200 ex-combattants engagés pour le désarmement — MINUSCA, 2026
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Mouvement patriotique pour la Centrafrique — Wikipédia
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Leçons et limites du DDR en Afrique — Africa Center for Strategic Studies
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L’accord de paix de Khartoum : une chance pour la paix — FIDH
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Processus DDR au Mali : un parcours semé d’embûches — Fondation pour la Recherche Stratégique, 2018