Un an après la signature des accords de Washington, la République démocratique du Congo et le Rwanda n’ont pas traduit leurs engagements en cessation des hostilités. Le M23, soutenu par les Forces de défense rwandaises, contrôle toujours Goma, Bukavu et Bunangana, tandis que Washington a durci sa posture avec une vague de sanctions ciblées et un ultimatum de retrait fixé à la mi-juillet 2026.
Un accord signé, un terrain immobile
Le 27 juin 2025, Kinshasa et Kigali paraphaient à Washington un premier accord de sécurité sous médiation américaine, suivi d’un second volet le 4 décembre 2025. Le texte prévoyait, côté congolais, la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et, côté rwandais, le retrait des troupes déployées dans l’Est de la RDC. Un an après, aucun de ces engagements majeurs n’a été honoré.
La mécanique de l’échec n’est pas nouvelle. Afrikarabia soulignait déjà, dès le lendemain de la signature, que le texte ressemblait à un « vague copié-collé des nombreux accords précédents qui n’ont jamais été respectés » en référence aux cadres de Luanda et de Nairobi, eux-mêmes restés lettre morte. Le processus de Washington s’inscrit donc dans une séquence diplomatique où chaque accord a été rapidement vidé de son contenu opérationnel, les combats reprenant dans les semaines ou les mois suivant la signature.
Sur le terrain, la situation est figée dans ses grandes lignes. Les Forces de défense rwandaises (RDF) et le M23 ne progressent plus significativement depuis fin 2025, mais ils n’ont pas non plus reculé. Les Forces armées de la RDC (FARDC) ont enregistré des avancées localisées vers Rubaya, en Nord-Kivu, et Minembwe, en Sud-Kivu, et ont repoussé plusieurs attaques de drones attribuées au Rwanda sur l’aéroport de Kisangani. Goma, Bukavu et Bunangana restent sous contrôle du M23.
La crise humanitaire, elle, ne connaît pas de pause. Au début 2025, on estimait à 4,6 millions le nombre de déplacés internes dans les seules provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Depuis le 19 mars 2026, l’ONU a documenté 632 morts civils au Nord-Kivu et en Ituri, et enregistré 1 221 violations des droits humains ayant fait près de 3 000 victimes, dont des centaines de femmes et d’enfants.
La pression américaine monte d’un cran
Face à l’impasse, Washington a choisi l’escalade par les sanctions. Le 2 mars 2026, le département du Trésor américain a sanctionné les Forces de défense rwandaises en tant qu’entité, ainsi que quatre officiers supérieurs, pour leur soutien opérationnel direct au M23. Human Rights Watch a documenté ces mesures, qui impliquent gel d’avoirs et interdiction de transactions commerciales et financières.
Kigali a réagi par une contestation vigoureuse. Dans un communiqué publié le jour même des sanctions, le gouvernement rwandais a dit « regretter vivement » des mesures jugées « unilatérales » qui « déforment les faits » du conflit. Renvoyant la responsabilité vers Kinshasa, il a mis en avant des « attaques de drones constantes et indiscriminées » imputées aux FARDC et conditionné tout désengagement à la « réciprocité » de la RDC dans l’application des accords.
Le 30 avril 2026, l’ancien président Joseph Kabila a à son tour été sanctionné par Washington pour soutien financier et matériel au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo. Un choix symboliquement fort : Kabila n’est pas rwandais, mais sa mise à l’index signale que les États-Unis entendent cibler tous les acteurs qui alimentent l’instabilité à l’Est, quelle que soit leur nationalité.
La séquence s’est poursuivie le 25 juin 2026 avec des sanctions contre la raffinerie kigalienne Gasabo Gold Refinery LTD et trois sociétés minières affiliées Bugambira Mines Ltd, Rwinkwavu Mining Corporation Ltd et Wolfram Mining and Processing Ltd accusées de blanchir des minerais extraits illégalement dans les zones sous contrôle du M23. Cette décision vise directement la filière économique qui permet au conflit de se financer. Selon Global Witness, qui s’appuie sur les constats des experts de l’ONU, plus de 120 tonnes de coltan par mois ont transité de la RDC vers le Rwanda entre mai et octobre 2024, soit au moins 1 400 tonnes sur un an. Les exportations rwandaises de minerais 3T ont par ailleurs progressé de 46,2 % en 2025, une hausse difficilement dissociable de l’afflux de minerais de conflits.
L’ultimatum Rubio et l’inconnue rwandaise
Le 4 juin 2026, devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, le secrétaire d’État Marco Rubio a fourni le calendrier : « Les choses avancent, pas assez vite certes, mais nous espérons que le retrait des troupes rwandaises de la région sera effectif d’ici le milieu du mois prochain. » Un ultimatum implicite, à la formulation prudente, mais dont l’échéance, la mi-juillet 2026, constitue un test public pour l’administration Trump.
Pour le Rwanda, la double contrainte est réelle. L’image soigneusement construite par Kigali d’une armée professionnelle, partenaire fiable des opérations de paix africaines, se fissure à mesure que les sanctions s’accumulent. Mais la ligne officielle ne cède pas : le Rwanda conteste la légitimité des mesures, et les conditionne à des obligations symétriques de Kinshasa.
Kinshasa porte le conflit devant la CIJ
En parallèle de la pression américaine, la RDC a ouvert un second front, judiciaire cette fois. Le 26 juin 2026, Kinshasa a officiellement saisi la Cour internationale de Justice contre Kigali, lui imputant la responsabilité d’exactions massives depuis 1996 : massacres, violences sexuelles et déplacements forcés. La démarche est structurellement longue; les procédures devant la CIJ s’étendent sur plusieurs années mais elle ancre le conflit dans le droit international et complique toute normalisation sans reconnaissance formelle des responsabilités.
Le volet économique des accords de Washington, lui, reste entièrement vacant. Aucun grand projet d’investissement régional n’a émergé depuis la signature des textes. Le cadre d’intégration économique prévu, qui devait constituer la carotte diplomatique de l’ensemble du processus, n’a produit aucune réalisation concrète à ce jour.
L’échéance de la mi-juillet 2026 cristallise désormais toutes les tensions. Si les RDF ne retirent pas leurs troupes d’ici là, Washington devra choisir entre escalade supplémentaire, nouvelles sanctions, isolement diplomatique de Kigali et accommodation d’un calendrier glissant. Si le retrait s’amorce effectivement, il restera à vérifier qu’il ne s’agit pas d’un redéploiement tactique laissant le M23 sur ses positions. L’histoire récente des accords de paix dans les Grands Lacs enseigne que les textes signés et les mouvements de troupes annoncés ne préjugent pas des équilibres de force réels sur le terrain.
Sources
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RDC–Rwanda : 1 an après la signature de l’accord de Washington, toujours pas de paix à l’Est — Mediacongo.net, juin 2026
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Accord de paix entre la RDC et la République du Rwanda — Département d’État américain, juin 2025
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Les États-Unis sanctionnent l’armée rwandaise et quatre commandants — Human Rights Watch, 3 mars 2026
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Who buys Rwanda’s smuggled coltan? — Global Witness, 2025
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Les 1001 défis de l’accord entre la RDC et le Rwanda — Afrikarabia, 2025
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Briefing ONU au Conseil de sécurité, juin 2026 — ONU Infos, juin 2026
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Rwanda : Kigali juge les sanctions américaines unilatérales — Radio Okapi, 3 mars 2026