RDC au Conseil de sécurité : les minerais stratégiques au cœur du débat sur la gouvernance des ressources naturelles en Afrique

La rédaction

juillet 14, 2026

En portant le débat sur les ressources naturelles devant le Conseil de sécurité de l’ONU lors de sa présidence de juillet 2026, la République démocratique du Congo a transformé une question économique en enjeu de sécurité internationale. L’initiative a mis au jour de profondes fractures entre grandes puissances sur la marche à suivre, sans aboutir au moindre consensus. Derrière la diplomatie de façade, c’est le contrôle du coltan de l’est congolais qui structure les tensions.

Une initiative congolaise aux ambitions délibérément circonscrites

La ministre des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, a tenu d’emblée à cadrer les attentes. « Il ne s’agit pas de créer de nouvelles obligations internationales, mais de mieux articuler les mécanismes déjà existants en matière de traçabilité, de sanctions ou de gouvernance des ressources naturelles », a-t-elle déclaré sur RFI le 14 juillet 2026. Ce positionnement prudent visait à prévenir toute accusation d’atteinte à la souveraineté des États un argument que Kinshasa savait d’avance être mobilisé par certains membres permanents du Conseil.

L’objectif affiché était donc de consolider l’existant plutôt que d’innover sur le plan normatif : renforcer les mécanismes de traçabilité, mieux appliquer les régimes de sanctions, articuler les dispositifs régionaux et onusiens. Ce faisant, la RDC s’inscrit dans une tradition inaugurée par la Sierra Leone dans les années 2000, lorsque le Conseil avait reconnu, via la résolution 1306, que le commerce illicite des diamants constituait une menace à la paix internationale posant ainsi les fondements normatifs du Processus de Kimberley.

Le coltan de Rubaya, révélateur d’un système délibérément opaque

Au cœur du débat se trouve la mine de Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Selon la France, le mouvement M23 y contrôlerait entre 15 et 30 % de la production mondiale de coltan ce tantale indispensable aux condensateurs des smartphones et des véhicules électriques. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU estiment la production à environ 120 tonnes par mois, acheminées quasi exclusivement vers le Rwanda, rapportant au M23 quelque 800 000 dollars mensuels via une taxe de 7 dollars par kilogramme.

La prise de contrôle totale de Rubaya par le M23 en avril 2024, documentée par la cheffe de la MONUSCO devant le Conseil de sécurité, illustre l’ampleur du problème. Ce n’est pas une simple taxe illégale sur des creuseurs artisanaux : c’est une administration parallèle qui délivre des permis, organise le transport et exporte via des circuits de blanchiment transfrontaliers. Le journal Le Monde décrivait en février 2025 Rubaya comme le condensé de toutes les pathologies de la région : conflit armé, captation des ressources, complicités régionales et défaillance des chaînes de traçabilité.

Les mécanismes de traçabilité existants, au premier rang desquels iTSCi (ITRI Tin Supply Chain Initiative), peinent structurellement à couvrir ces zones. Le système a même suspendu ses opérations au Nord-Kivu en 2024 en raison de la présence du M23, avant de les reprendre partiellement après repli du groupe. Les chercheurs en économie politique des conflits soulignent depuis longtemps ces limites : les dispositifs de certification tendent à documenter les flux sans modifier les rapports de force qui permettent leur captation.

Des grandes puissances aux intérêts trop divergents pour s’entendre

La réunion a surtout confirmé l’impossibilité structurelle d’un consensus au Conseil de sécurité sur ce dossier. Chaque membre permanent a défendu une vision conforme à ses intérêts géopolitiques.

La France a appelé à l’application pleine et entière de la résolution 2773, adoptée en 2025, qui condamne le soutien rwandais au M23, exige le retrait immédiat des forces de défense rwandaises du territoire congolais et menace de nouvelles sanctions ciblées en cas de non-respect. Paris a également plaidé pour un renforcement des mécanismes de traçabilité et du Comité des sanctions 1533.

Les États-Unis ont abordé la question sous un angle différent, centré sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et les opportunités d’investissement dans le secteur. Une approche qui dit moins la préoccupation humanitaire que la rivalité stratégique avec Pékin pour l’accès aux ressources africaines.

La Chine, premier investisseur minier en RDC notamment via CMOC dans les gisements de cuivre-cobalt du Katanga a plaidé pour le respect de la souveraineté des États et contre toute « politisation » du débat sur les ressources. Un positionnement cohérent avec ses intérêts économiques considérables et sa doctrine de non-ingérence, mais qui revient en pratique à protéger le statu quo.

La Russie a été la plus radicale dans son rejet : elle nie l’existence de toute lacune normative internationale et attribue les conflits à l’instabilité politique et aux ingérences extérieures une grille de lecture qui exclut d’emblée la dimension économique des guerres de ressources.

Gouvernance des ressources naturelles en Afrique : le risque d’une impasse institutionnelle

L’impasse au Conseil de sécurité renvoie à une tension plus profonde sur la gouvernance des ressources naturelles en Afrique. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a réaffirmé en novembre 2024 la nécessité de renforcer les mécanismes de lutte contre l’exploitation illicite des ressources par les groupes armés. L’UA a également adopté en 2025 une stratégie continentale sur les minerais verts visant à orienter l’exploitation vers l’industrialisation locale. Mais ces positions restent des orientations politiques sans force contraignante.

Le risque est celui d’un cercle vicieux bien connu : les mécanismes de traçabilité sont insuffisants, leur renforcement achoppe sur les blocages politiques, et les groupes armés continuent de tirer profit d’un système international incapable de s’accorder sur les remèdes. Les travaux de chercheurs spécialisés sur l’est de la RDC montrent d’ailleurs que ces mécanismes, même lorsqu’ils fonctionnent, peuvent reconfigurer les circuits de rente sans rompre le lien entre minerais et violence.

L’initiative congolaise au Conseil de sécurité aura au moins eu le mérite de poser la question publiquement, au plus haut niveau. Reste à savoir si Kinshasa peut transformer ce coup diplomatique en processus normatif durable ou si le débat sur la gouvernance des ressources naturelles en Afrique sera, une fois de plus, absorbé par les rivalités entre grandes puissances.

Sources