Le 17 juillet, Macky Sall est attendu à Dakar pour une audience avec son successeur Bassirou Diomaye Faye. L’enjeu est simple à énoncer, plus complexe à résoudre : l’ancien président cherche à obtenir le soutien officiel du Sénégal à sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies. Un tête-à-tête qui dit beaucoup sur l’état des relations entre les deux hommes u et sur les contradictions que cette candidature a révélées.
Une candidature portée depuis l’extérieur
Macky Sall a officiellement annoncé sa candidature le 2 mars 2026. Particularité notable : le dossier a été déposé à New York non par le Sénégal, mais par le Burundi, dont le président Évariste Ndayishimiye assurait alors la présidence tournante de l’Union africaine. Le Monde résumait alors la situation sans ambages : Macky Sall, en campagne pour le secrétariat général de l’ONU, sans le soutien de Dakar.
La configuration est pour le moins inhabituuelle. Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a formellement notifié à l’Union africaine qu’il n’avait « à aucun stade endossé » la candidature et ne souhaitait pas « être considéré comme partie prenante » au processus. Pendant ce temps, au niveau continental, la tentative d’obtenir un appui officiel de l’UA s’est heurtée à l’opposition d’une vingtaine d’États membres suffisant pour bloquer l’adoption d’une position commune. L’Afrique se présente ainsi divisée, sans consensus, au moment précis où elle voudrait peser dans la désignation d’un secrétaire général issu de ses rangs pour la première fois depuis Kofi Annan.
Entre tensions héritées et nécessités diplomatiques
Le contexte des relations entre les deux hommes n’est pas neutre. La fin du mandat de Macky Sall avait été marquée par une grave crise institutionnelle : le report contesté de la présidentielle de février 2024, suivi de la loi d’amnistie ayant permis la libération d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye, avaient laissé des cicatrices politiques profondes. Une fois au pouvoir, Faye a maintenu une posture prudente, refusant de transformer la reddition des comptes en confrontation frontale avec l’ancien régime, mais sans pour autant effacer les lignes de fracture.
La rencontre du 17 juillet s’inscrit donc dans un rapport délicat : deux hommes que tout oppose sur le plan politique intérieur, mais que la diplomatie contraint à trouver un modus vivendi. Pour Macky Sall, l’absence de soutien de son propre pays constitue un handicap symbolique considérable dans une compétition où la légitimité continentale est un argument de poids. Pour Bassirou Diomaye Faye, accorder ce soutien revient à valider la démarche d’un prédécesseur dont la gestion est encore en partie examinée, tout en assumant un choix de politique étrangère au nom des intérêts du Sénégal.
Un processus onusien qui n’attend pas
Le calendrier impose sa logique. Selon la procédure officielle publiée par l’ONU, les auditions publiques des candidats ont eu lieu les 21 et 22 avril 2026 à New York Macky Sall y a participé le 22 avril à 15h. L’examen au Conseil de sécurité doit s’ouvrir à partir de fin juillet 2026, avant une nomination formelle par l’Assemblée générale en fin d’année, pour une prise de fonctions le 1er janvier 2027. La marge de manœuvre se resserre.
Dans ce contexte, le poids du Sénégal reste symbolique mais réel. Qu’un État soutienne ou non la candidature de l’un de ses anciens présidents envoie un signal lisible pour les membres permanents du Conseil de sécurité, qui trancheront en dernier ressort. Comme le note Francis Kpatindé, ancien porte-parole du HCR pour l’Afrique et enseignant à Sciences Po, Macky Sall ne dispose ni du soutien officiel de Dakar ni d’un appui unanime du continent, ce qui fragilise structurellement sa position face à des candidats latino-américains bénéficiant d’une dynamique de rotation géographique favorable.
Un pari sur la raison d’État
La rencontre du 17 juillet sera-t-elle décisive ? Elle l’est déjà par ce qu’elle révèle : la capacité ou l’incapacité des acteurs politiques sénégalais à distinguer les ressentiments intérieurs des impératifs de rayonnement international. L’Afrique n’a produit que deux secrétaires généraux de l’ONU depuis 1945 : l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali et le Ghanéen Kofi Annan. Une troisième occurrence, après plus de vingt ans d’absence, constituerait un signal politique fort pour le continent.
Pour Bassirou Diomaye Faye, soutenir Macky Sall ne serait pas absoudre l’homme politique qu’il a combattu : ce serait affirmer que le Sénégal sait défendre ses intérêts sur la scène mondiale, quitte à composer avec les ambiguïtés de l’alternance. Pour Macky Sall, rentrer à Dakar demander ce soutien, c’est reconnaître que la légitimité internationale ne se construit pas sans ancrage national.
Le « deal » que certains observateurs évoquent et que Senenews décrit comme arrangeant tout le monde reste à vérifier dans les actes. Mais une chose est certaine : les deux protagonistes savent que l’histoire retiendra qui a fait primer les calculs de court terme et qui a su, au moment décisif, hausser le regard.
Sources
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L’ancien président sénégalais Macky Sall en campagne pour devenir secrétaire général de l’ONU sans le soutien de Dakar — Le Monde, mars 2026
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Procédure de nomination et de sélection du Secrétaire général — Nations unies, page officielle
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ONU : Macky Sall, candidat sans soutien du Sénégal ni de l’UA — France 24, avril 2026
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Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye, tout sur le « deal » qui arrange tout le monde — Senenews
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ONU – La bataille pour la succession de Guterres entre dans sa phase décisive — Afrique Diplomatie, avril 2026
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Succession d’Antonio Guterres : l’Afrique sans position commune — Journal du Mali
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ONU : le Burundi propose Macky Sall au poste de secrétaire général — RFI, mars 2026
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DW : face aux ex-présidents, quelles chances pour les candidats africains ? — Deutsche Welle