Référendum constitutionnel en Guinée-Bissau : la junte cherche à bétonner son pouvoir avant les élections

La rédaction

juillet 12, 2026

Neuf mois après avoir renversé Umaro Sissoco Embaló, les autorités de transition bissau-guinéennes ont convoqué un référendum constitutionnel pour le 30 août 2026. Le scrutin vise à faire basculer le pays d’un régime semi-présidentiel vers un exécutif renforcé au profit du chef de l’État. Dans une région où le Mali a déjà utilisé ce levier, la démarche interroge : s’agit-il de refonder l’architecture institutionnelle ou de consolider une prise de pouvoir militaire ?

Un pays à l’histoire constitutionnelle instable

La Guinée-Bissau n’a adopté qu’une seule Constitution depuis son indépendance du Portugal en 1974, celle du 16 mai 1984, révisée à plusieurs reprises mais jamais remplacée. Selon la Digithèque juridique de l’Université de Perpignan, ce texte a consacré un régime semi-présidentiel hybride, source récurrente de tensions entre président et Premier ministre. C’est précisément cette ambiguïté que le coup d’État de novembre 2025, le neuvième du genre depuis l’indépendance selon la BBC Afrique , a exploitée pour justifier la prise de pouvoir.

Le général Horta N’Tam, chef d’état-major de l’armée de terre, a été investi président de la transition le 27 novembre 2025 par le Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public. Un Conseil national de transition a ensuite été constitué pour piloter la période transitoire. C’est cet organe qui a adopté, en janvier 2026, une révision constitutionnelle instaurant un président chef du gouvernement, texte qui sera soumis à ratification populaire le 30 août.

Ce que contient le projet soumis aux électeurs

Le texte proposé transforme en profondeur l’équilibre des pouvoirs. Selon Africanews, le futur chef de l’État disposerait du pouvoir de nommer le Premier ministre et les membres du gouvernement prérogative jusqu’ici dévolue à la majorité parlementaire, ainsi que du droit de dissoudre le Parlement. Il deviendrait, de facto, le chef unique de l’exécutif.

Cette concentration de pouvoirs n’est pas sans précédent dans la région, mais elle tranche avec l’histoire institutionnelle du pays. Comme le souligne Voice of America Afrique, la communauté internationale avait déjà, par le passé, réclamé une clarification des rôles respectifs du président et du Premier ministre mais dans un cadre de négociation civile, non à la suite d’un coup de force militaire.

Le calendrier retenu ajoute à la complexité : un référendum le 30 août, des élections présidentielles et législatives prévues pour le 6 décembre. La séquence dessine une feuille de route dans laquelle le scrutin constitutionnel précède et conditionne la compétition électorale, selon des règles du jeu rédigées par la junte elle-même.

Le précédent malien : entre plébiscite formel et légitimité contestée

La démarche bissau-guinéenne s’inscrit dans une tendance documentée au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Le Mali de la junte du colonel Assimi Goïta a organisé en juin 2023 un référendum constitutionnel qui a officiellement recueilli 96,91 % de « oui », avec un taux de participation de 38,23 % selon la Cour constitutionnelle. L’Institute for Security Studies note toutefois que la Mission d’observation des élections du Mali estimait la participation à environ 28 %, et que le scrutin n’a pas pu se tenir dans plusieurs régions du pays. Le résultat officiel a été validé, mais sa portée légitimante reste contestée.

Au Burkina Faso, la junte d’Ibrahim Traoré a emprunté un chemin différent : elle a procédé par révisions constitutionnelles adoptées par l’Assemblée législative de transition, sans recourir au référendum, une voie moins exposée à la mobilisation populaire, mais aussi moins susceptible de générer un effet de légitimation symbolique.

Ces deux précédents éclairent la logique à l’œuvre à Bissau. Le référendum n’est pas seulement un instrument juridique de refonte institutionnelle : il est aussi un levier de communication politique. Un « oui » massif, même dans des conditions de participation limitée permettrait aux autorités de transition de revendiquer un mandat populaire avant d’entrer dans la compétition électorale du mois de décembre.

La CEDEAO entre engagement et impuissance

La réaction internationale reste à ce stade prudente. Après le coup d’État de novembre 2025, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a suspendu la Guinée-Bissau de ses organes de décision et brandi la menace de sanctions ciblées contre quiconque bloquerait le retour à l’ordre constitutionnel. L’Union africaine a, de son côté, prononcé une suspension immédiate du pays de ses instances, comme le rapportait Le Monde dès le 28 novembre 2025.

Pour autant, aucun communiqué officiel de la CEDEAO spécifiquement consacré au référendum constitutionnel du 30 août n’est apparu dans les sources consultées. L’organisation semble s’être concentrée sur la question de la légitimité des acteurs politiques et sur la tenue d’élections, sans se prononcer publiquement sur la nature des réformes constitutionnelles en cours. Ce silence relatif n’est pas neutre : il reflète les difficultés structurelles de la CEDEAO à imposer sa doctrine dans les pays en transition militaire, après les précédents malien et burkinabè où les sanctions ont montré leurs limites.

Légitimation ou consolidation : une distinction qui s’efface

La question posée par le référendum bissau-guinéen est au fond celle de la temporalité du pouvoir post-putschiste. Légitimer, c’est obtenir une approbation rétroactive d’un fait accompli ; consolider, c’est construire les conditions structurelles d’une domination durable. Dans le cas présent, les deux dynamiques se superposent.

En soumettant au vote une Constitution rédigée par ses propres soins, le Conseil national de transition cherche simultanément à effacer la tache originelle du coup de force et à tailler un régime à sa mesure où le futur président, quel qu’il soit, disposera de prérogatives sensiblement étendues. Le calendrier, référendum d’abord, élections ensuite, garantit que la compétition de décembre se déroulera sur un terrain institutionnel défini par la junte, non négocié avec les partis civils ni validé par une instance indépendante.

La vraie question qui se posera le 1er septembre n’est donc pas celle du taux de participation, mais celle de savoir si une Constitution adoptée dans ces conditions peut fonder une transition démocratique crédible ou si elle ne fait que reproduire, sous une forme constitutionnelle, l’asymétrie de pouvoir issue des baraquements.

Sources