Le conseil des ministres ivoirien du 22 juillet 2026 a accordé quatre nouveaux permis de recherche aurifère dans les régions du nord et du centre-nord du pays. Une décision administrative en apparence technique, mais qui s’inscrit dans une ambition stratégique clairement articulée : faire du secteur minier un pilier structurant de la diversification économique ivoirienne. Reste à savoir si cette trajectoire saura transformer la rente minérale en développement durable pour les populations.
Quatre permis, six départements, une même logique d’exploration
Les autorisations accordées couvrent des zones géographiques reconnues pour leur potentiel géologique. Roro’s Mining SARL obtient un permis couvrant les départements de Dianra et Mankono, dans le Centre-Nord. XMI SARL est autorisée à prospecter dans les départements de Dabakala et Kong, dans le Nord-Est. Pioneer Minerals SARL reçoit une autorisation pour le département de Korhogo, au Nord, tandis que Major Star Plus SARL se voit attribuer un permis dans le département de Boundiali, également au nord du pays.
Chacun de ces permis est valable pour une durée de quatre ans. Selon Sikafinance, ils ont été délivrés dans le respect des exigences techniques, réglementaires et environnementales du code minier ivoirien.
Il est important de rappeler ce que recouvre un permis de recherche : il ne s’agit pas d’une autorisation d’exploitation, mais d’une phase d’exploration préalable. Les entreprises bénéficiaires vont conduire des campagnes de forage, d’analyse géologique et d’évaluation des ressources. Ce n’est qu’à l’issue de cette phase, si les résultats sont concluants, qu’une demande de permis d’exploitation pourra être formulée, soumise à des obligations environnementales et sociales bien plus contraignantes notamment la réalisation d’une étude d’impact environnemental et social.
Un secteur en forte progression, bien au-delà des objectifs initiaux
Pour comprendre la portée de ces permis, il faut les replacer dans la trajectoire générale du secteur aurifère ivoirien, qui connaît une expansion remarquable depuis une décennie. La production d’or de la Côte d’Ivoire atteignait environ 58 à 59 tonnes en 2024, contre 51,3 tonnes en 2023, selon les données du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie et du Groupement professionnel des miniers de Côte d’Ivoire (GPMCI). L’objectif pour 2025 est fixé à 62 tonnes, selon plusieurs sources sectorielles convergentes.
Ces chiffres dépassent largement les cibles initiales du Plan national de développement (PND) 2021-2025, qui tablait sur une production de 46 tonnes d’or brut en 2025. La montée en puissance industrielle du secteur a devancé les projections gouvernementales, ce qui illustre à la fois le dynamisme des investisseurs et la qualité du sous-sol ivoirien.
En matière de contribution au produit intérieur brut, le GPMCI revendique une participation du secteur minier à hauteur de 4,5 % du PIB national en 2024, contre moins de 1 % avant 2014. L’objectif affiché par le PND 2021-2025 est d’atteindre 6 % du PIB. Si les institutions de Bretton Woods ne publient pas encore de ventilation officielle pour le seul secteur minier, la tendance structurelle est indéniable : les mines sont passées d’un apport marginal à un contributeur significatif à la richesse nationale en moins d’une décennie.
Une diversification économique à consolider
L’intention stratégique est lisible. Dépendante depuis des décennies du cacao qui représente encore une part prépondérante de ses exportations agricoles et exposée à la volatilité des cours des matières premières, la Côte d’Ivoire cherche à élargir sa base productive. L’or offre une alternative crédible : la demande mondiale est soutenue, les cours historiquement élevés en 2024-2025 améliorent la rentabilité des projets, et le pays dispose d’un cadre réglementaire relativement attractif pour les investisseurs étrangers.
En 2023, le secteur minier ivoirien aurait attiré environ 1,2 milliard de dollars d’investissements directs étrangers, selon plusieurs analyses sectorielles. L’État ivoirien perçoit par ailleurs des taxes et redevances minières estimées à 320 milliards de francs CFA en 2023, auxquelles s’ajoute, pour les entreprises minières, une obligation de verser 0,5 % de leur chiffre d’affaires au développement local.
Ces recettes constituent un argument de poids pour les partisans de l’expansion minière. Elles financent le budget de l’État, permettent des transferts vers les collectivités locales selon des mécanismes de répartition encore insuffisamment transparents et contribuent théoriquement au développement des zones d’extraction, souvent parmi les plus défavorisées du pays.
Les risques à ne pas sous-estimer
Le spectre du syndrome hollandais
L’expansion rapide du secteur aurifère n’est pas sans soulever des interrogations macroéconomiques légitimes. Une étude de la BCEAO sur les impacts économiques du développement minier dans l’UEMOA concluait, pour la période étudiée, que le risque de syndrome hollandais lié au secteur minier ne semblait pas avéré au niveau de l’union. La même étude soulignait toutefois le faible effet d’entraînement de l’or sur le reste de l’économie.
Ce diagnostic mérite d’être réactualisé à mesure que la part de l’or dans les exportations ivoiriennes progresse. Certaines analyses économiques posent déjà explicitement la question de savoir si la Côte d’Ivoire peut éviter la « malédiction de l’or », en avertissant que la dépendance croissante aux revenus aurifères pourrait à terme marginaliser l’agriculture et l’industrie manufacturière. Pour l’heure, la diversification reste un objectif officiel, mais la concentration des investissements dans le secteur extractif mérite surveillance.
La dimension sécuritaire du grand nord
Les six départements visés par les nouveaux permis Dianra, Mankono, Dabakala, Kong, Korhogo et Boundiali se situent dans le nord et le centre-nord du pays, à proximité relative de la frontière avec le Burkina Faso, profondément affecté par l’insécurité djihadiste. Cette proximité mérite d’être prise au sérieux, même si les sources disponibles ne signalent pas d’incidents majeurs ayant directement perturbé des opérations minières industrielles dans ces régions depuis 2022.
Une étude de COGINTA sur la situation sécuritaire à Tengréla (nord de la Côte d’Ivoire) publiée en 2023 décrit une recrudescence de la petite délinquance autour des sites miniers, notamment lors des périodes d’hivernage, ainsi qu’une porosité vis-à-vis des flux venant du Burkina Faso. Le risque n’est donc pas ignoré ; il reste toutefois sans commune mesure avec la situation au Sahel central, où l’on dénombre des centaines d’incidents violents ayant directement affecté des mines au Burkina Faso, au Mali ou au Niger. Pour les entreprises titulaires de nouveaux permis dans le nord ivoirien, la vigilance sur la sécurité des équipes et des infrastructures s’impose néanmoins comme une contrainte opérationnelle à intégrer dès la phase d’exploration.
Les obligations environnementales et sociales : un cadre existant mais inégalement appliqué
Le code minier ivoirien de 2014, révisé depuis, prévoit un ensemble d’obligations applicables dès la phase de recherche : protection de la qualité de l’environnement, réhabilitation des sites affectés, garantie de la sécurité maximale des travaux, interdiction du travail des enfants, respect des droits des occupants du sol et consultation des communautés riveraines. L’obligation de réaliser une étude d’impact environnemental et social complète est quant à elle réservée à la phase d’exploitation.
Ce cadre réglementaire est reconnu comme relativement solide, mais son application effective dépend de la capacité de contrôle des administrations, notamment la Direction générale des mines et de la géologie. La prolifération de permis dans des zones à potentiel élevé peut créer des tensions foncières et des conflits d’usage avec les populations agricoles locales, d’autant plus que les mécanismes de redistribution locale des revenus miniers restent peu transparents dans leurs montants effectivement versés.
Quelle trajectoire pour 2030 ?
La Côte d’Ivoire affiche une ambition déclarée de pousser sa production aurifère à 100 tonnes par an d’ici 2030, un objectif cité par plusieurs sources sectorielles. L’octroi régulier de nouveaux permis de recherche s’inscrit dans cette logique : alimenter le pipeline de futurs projets d’exploitation industrielle, attirer les investisseurs et renforcer la crédibilité du pays comme destination minière de premier rang en Afrique de l’Ouest.
Le vrai défi ne réside pas dans la capacité à extraire de l’or les opérateurs privés s’y emploient avec efficacité. Il réside dans la construction d’un modèle de développement minier qui produise des retombées tangibles pour les régions du nord, historiquement moins bien dotées en infrastructures et en services publics que le sud et le littoral. Emplois locaux qualifiés, revenus fiscaux redistribués aux collectivités, investissements dans les infrastructures et préservation de l’environnement : ces quatre dimensions constituent le véritable test de la promesse minière ivoirienne. L’exploration commence sur le terrain ; la gouvernance, elle, est à construire dans les ministères et les assemblées.
Sources
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Côte d’Ivoire : Le gouvernement attribue 4 nouveaux permis de recherche aurifère pour accélérer l’exploration minière — Sikafinance, juillet 2026
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La production d’or de la Côte d’Ivoire atteint 59 tonnes en 2024 — Sikafinance, 2025
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Le GPMCI revendique une contribution de 4,5 % au PIB en 2024 — Financial Afrik, janvier 2025
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La Côte d’Ivoire veut devenir le premier producteur africain d’or — Agence Ecofin, 2025
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Impacts économiques du développement du secteur minier dans l’UEMOA — BCEAO, 2017
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Plan national de développement 2021-2025 — Axes prioritaires — Gouvernement de Côte d’Ivoire
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Etude socio-sécuritaire à Tengréla, Côte d’Ivoire — COGINTA, 2023
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Ressources extractives : la Côte d’Ivoire peut-elle éviter la malédiction de l’or ? — Enquête Média
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L’État perçoit 320 milliards de taxes et royalties en 2023 — L’Avenir, 2024
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