ProPME Bénin : Cotonou et Berlin misent sur les PME et la formation pour résorber le sous-emploi

La rédaction

juin 30, 2026

Le Bénin et l’Allemagne s’apprêtent à franchir une nouvelle étape dans leur coopération économique. Les deux parties ont engagé des discussions en vue d’une deuxième phase du Projet de Promotion des Petites et Moyennes Entreprises (ProPME), couvrant la période 2026-2029, avec une enveloppe prévisionnelle de 6 millions d’euros. Un pari sur le capital humain et l’entrepreneuriat local, dans un pays où 72 % de la population active demeure en situation de sous-emploi.

Un premier bilan encourageant mais des défis structurels persistants

Lancée en 2022 et exécutée par la GIZ avec un financement initial de 9 millions d’euros, la première phase du ProPME a accompagné plus de 1 100 entreprises béninoises sur quatre ans. Le bilan fait état de 978 postes permanents créés, dont 42 % occupés par des femmes une proportion notable dans un tissu entrepreneurial majoritairement informel. Ces résultats ont suffi à convaincre les deux parties de donner une suite au programme, bien que le financement prévu pour la deuxième phase soit réduit d’un tiers par rapport à la phase initiale.

La réduction du budget interroge, mais s’explique en partie par la logique même du projet : la phase 2 vise la consolidation des acquis plus que l’extension du périmètre. Les délégations béninoise et allemande ont affiché leur volonté commune de « mobiliser tous les efforts nécessaires pour améliorer le climat des affaires », selon une formulation conjointe rapportée par Agence Ecofin fin juin 2026.

Le contexte macroéconomique rend l’enjeu particulièrement aigu. Selon la Banque mondiale, si le taux de chômage officiel au Bénin est inférieur à 2 %, cette statistique masque une réalité bien plus dégradée : près de trois actifs sur quatre sont en situation de sous-emploi. Par ailleurs, 90,1 % des travailleurs béninois évoluent dans le secteur informel un chiffre qui rend toute politique d’emploi durable structurellement difficile à conduire.

La formation professionnelle, maillon manquant de l’insertion

Le défi ne se limite pas à l’accompagnement des entreprises existantes. Il tient aussi à l’alimentation du marché du travail en compétences adaptées. Or, les données disponibles dressent un tableau préoccupant du côté de l’offre de formation. Selon la GIZ, moins de 10 % des élèves du secondaire au Bénin achèvent une formation professionnelle technique. L’enquête Afrobarometer Round 10 de 2024 révèle, elle, que 51 % des jeunes béninois âgés de 18 à 35 ans se déclarent sans activité rémunérée.

Les causes de cet abandon précoce sont documentées : contraintes économiques des familles, éloignement des centres de formation dans les zones rurales, et faible lisibilité des débouchés professionnels. Ces facteurs combinés alimentent un cercle vicieux entre décrochage scolaire et sous-emploi structurel.

C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit le Programme de Promotion de la Formation professionnelle (ProFoP), lancé en juin 2021 et complémentaire au ProPME. Avec une enveloppe de 22 millions d’euros, dont 6 millions cofinancés par l’Union européenne, le ProFoP cherche à développer des formations duales dans des secteurs porteurs comme l’agriculture et les énergies renouvelables, en appui à la Stratégie nationale de l’enseignement technique et de la formation professionnelle (SN-ETFP 2020-2030). Il s’agit de rapprocher les centres de formation des réalités du marché du travail un objectif que la GIZ poursuit au Bénin depuis plusieurs décennies, son engagement dans le pays remontant à 1978.

Une architecture de coopération à consolider

La complémentarité entre ProPME et ProFoP dessine une architecture cohérente : d’un côté, renforcer les capacités des entreprises existantes ; de l’autre, améliorer la qualité et l’attractivité de la formation initiale pour alimenter ces entreprises en ressources humaines qualifiées. Les Comités locaux d’insertion et de développement économique (CLIDE), mis en place progressivement en lien avec la GIZ et le ministère en charge de l’emploi, sont appelés à jouer un rôle de coordination territoriale entre ces deux leviers.

La ministre béninoise des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l’Emploi, Awaou Baco, et Rike Sohn, cheffe de la coopération à l’ambassade d’Allemagne au Bénin, ont toutes deux salué les résultats de la phase initiale lors des discussions exploratoires sur la phase 2. La continuité politique de ce partenariat constitue en soi un signal positif, dans un contexte régional où les coopérations bilatérales sont souvent fragilisées par les alternances gouvernementales ou les réorientations géopolitiques.

Un modèle à l’épreuve des résultats

Le pari de Cotonou et Berlin repose sur un postulat raisonnable : dans un pays où le secteur privé formel reste embryonnaire, l’accompagnement ciblé des PME peut produire un effet de levier significatif sur l’emploi et la formalisation. Les 978 postes permanents de la phase 1 représentent cependant une goutte d’eau face aux besoins d’un marché du travail qui doit absorber chaque année des cohortes croissantes de jeunes.

La vraie mesure du succès de la phase 2 tiendra à sa capacité à articuler plus étroitement soutien aux entreprises et réforme de la formation professionnelle et à produire des résultats mesurables en matière de formalisation de l’emploi, pas seulement de création brute de postes. La réduction de budget impose, par ailleurs, des choix de ciblage plus rigoureux. C’est peut-être là que se jouera la valeur réelle de ce partenariat renouvelé.

Sources