En 2023, l’Angola a dépensé près de 484 millions d’euros en importations de véhicules, dont 372 millions pour les voitures particulières et 112 millions pour les autobus. Face à cette facture, Luanda mise sur l’assemblage local : une usine inaugurée en janvier 2026 doit produire ses premiers véhicules commercialisables dans l’année. La question de la compétitivité face aux importations d’occasion reste entière.
Une usine, 150 millions de dollars, 22 000 véhicules par an
Le groupe privé OPAIA a inauguré en janvier 2026 son unité d’assemblage dans la Zone économique spéciale d’Icolo e Bengo, à proximité de Luanda. L’investissement s’élève à 150 millions de dollars américains. La capacité de production annoncée atteint 22 000 véhicules légers et lourds, auxquels s’ajoutent 1 000 autobus destinés au transport public.
Dans sa première phase, l’assemblage repose sur des kits importés de Chine pour les véhicules légers et lourds, et sur des autobus de marque Volvo en provenance de Suède. Le ministre des Transports Ricardo Viegas D’Abreu a déclaré que « les premiers véhicules assemblés localement pourraient arriver sur le marché dès cette année ». L’intégration progressive de composants locaux figure dans les objectifs déclarés du projet, sans calendrier précis publié à ce stade.
Le marché de l’occasion, obstacle structurel
Le marché automobile angolais est dominé depuis plus d’une décennie par les véhicules d’occasion importés, qui s’imposent sur le plan tarifaire face aux véhicules neufs. Ce positionnement reflète un pouvoir d’achat contraint et un accès limité au financement pour les ménages angolais.
Les défis identifiés sont au nombre de trois : construire un réseau local de sous-traitants industriels, rendre le financement à l’achat accessible aux particuliers, et proposer des prix compétitifs face à une offre d’occasion structurellement moins coûteuse. Sur ce dernier point, les véhicules assemblés localement à partir de kits importés — donc sans économies d’échelle sur les composants — peinent mécaniquement à afficher des tarifs inférieurs à ceux du marché secondaire.
La diversification hors pétrole reste l’arrière-plan de ce projet industriel. L’Angola, dont l’économie demeure très exposée aux revenus des hydrocarbures, cherche à développer une base productive locale. L’automobile en constitue l’un des vecteurs, aux côtés d’autres filières industrielles en cours de structuration. La viabilité du modèle OPAIA dépendra largement de la capacité de l’État à accompagner la demande — par des incitations à l’achat ou des commandes publiques — et à protéger suffisamment le marché local sans pénaliser les consommateurs à faibles revenus, qui restent les premiers utilisateurs du véhicule d’occasion.